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​440 articles plus tard, un sujet n’en finit pas de me tourmenter

Il y a onze ans, le magazine Internal Auditor publiait le premier article du blog Richard Chambers à Propos de la Profession. J’étais loin d’imaginer, en rédigeant ce premier papier le 10 février 2009, que ce blog deviendrait un puissant outil de communication avec les auditeurs internes du monde entier. À l’époque, j’aspirais simplement à explorer de nouveaux moyens de partager des points de vue critiques et opportuns avec les membres de la profession.

L’année dernière, le blog a dénombré pas moins de 400 000 visiteurs issus des quatre coins de la planète ; professionnels de l’audit et autres spécialistes. Non seulement disponible dans sa version originale en anglais, il est désormais aussi traduit en espagnol, en français, en portugais et, occasionnellement, en chinois ainsi qu’en turc. À l’approche de cette date anniversaire, j’ai réfléchi aux innombrables problématiques et événements couverts par ces 440 derniers articles. Dans la majorité d’entre eux, il s’agissait de fournir des conseils pratiques aux professionnels pour leur permettre d’améliorer leurs compétences, de gérer les relations et de s’élever au rang de conseiller de confiance.

Toutefois, un (trop) grand nombre d’articles portaient sur des cas de défaillance de gouvernance et analysaient le rôle de l’audit interne dans ces scénarios. Nouvel exemple à charge : l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), rattaché au département du Trésor américain, a récemment déposé une plainte. L’avis relatif à la procédure civile, daté du 23 janvier, vise d’anciens dirigeants d’une célèbre banque américaine et inclut parmi les défendeurs l’ancien responsable de l’audit interne ainsi que l’ancien directeur de mission.

Bien qu’il reste encore à statuer sur les faits qui leur sont reprochés, et que l’ensemble des parties aient droit à un procès équitable devant les juridictions civiles américaines, les détails présentés dans la plainte de l’OCC jettent une lumière fort peu flatteuse sur l’audit interne, qui aurait fermé les yeux sur les errements graves et systémiques de la banque.

Les allégations de l’OCC ne sont pas sans rappeler d’autres scandales d’entreprises mettant en cause l’audit interne. En 2009, j’ai abordé le scandale de fraude qui a frappé Satyam Computer Services, affaire souvent qualifiée « d’Enron indien ». Lorsque le pot aux roses a été découvert, le président-directeur général de Satyam a reconnu avoir maquillé les comptes de l’entreprise sur plusieurs exercices. Les autorités indiennes ont également accusé l’auditeur interne d’avoir facilité la falsification des bilans.

Dans d’autres scandales, tels que le « FIFAgate », la débâcle financière chez Toshiba ou encore le « dieselgate » (Volkswagen), le rôle de l’audit interne n’était pas aussi limpide, même si les enquêtes diligentées dans ces affaires ont fourni quelques éclairages. Par exemple, j’ai rédigé un article sur le scandale Toshiba en 2015 en me fondant sur un rapport d’enquête d’une commission indépendante mandatée par le conseil d’administration de la société. Certes, de nombreux problèmes ont contribué à la manipulation systémique et prolongée des états financiers de Toshiba. Toutefois, l’attitude (NDT : « Avis » : adaptation libre de « Notice of civil charges », document de l’OCC indiquant notamment les personnes visées par l’action, l’exposé des faits, les moyens ainsi que les sanctions.) complaisante d’un trop grand nombre de personnes a constitué l’un des principaux facteurs. Voici ce que j’écrivais en 2015 :

Lorsque les hauts dirigeants de Toshiba ont fixé des objectifs de performance (bénéfices) irréalistes, les directeurs de divisions, les responsables hiérarchiques et les collaborateurs sous leur supervision ont mis en place des pratiques comptables inappropriées pour les atteindre. ... Au lieu de remettre en question ces objectifs, « ... les collaborateurs (de Toshiba) se sont sentis dans l’obligation de recourir à des mesures inappropriées », peut-on lire dans le rapport. Et cette conclusion soulève la question suivante : cette situation n’aurait-elle pas contribué à la capitulation de l’audit interne face aux décisions d’ignorer les premiers constats d’irrégularités comptables ?

Plus tard en 2015, j’ai abordé le comportement inacceptable d’un auditeur interne senior chez Morrisons, l’une des plus grandes et plus anciennes chaînes de supermarchés du Royaume-Uni. Ce dernier a été reconnu coupable d’avoir volé et divulgué illégalement les informations bancaires, de salaire et d’assurance d’environ 10 000 collaborateurs de l’entreprise. J’ai écrit à cette époque :

Son comportement est à mille lieues des valeurs fondamentales censées animer et guider l’action de tous les auditeurs internes. En effet, si la profession se pose en gardien de l’éthique, elle doit alors respecter les normes les plus rigoureuses et agir de manière irréprochable. En tant que professionnels de l’audit interne, nous nous qualifions en quelque sorte d’espèce à part. Le rôle et l’action des auditeurs internes sont souvent méconnus et sous-estimés, alors même qu’ils contribuent à protéger les organisations des menaces, tant internes qu’externes. Garants de la vérité, nous apportons une assurance afin d’aider les organisations à mener leurs activités efficacement, dans le respect de l’éthique.

Il s’agit d’un défi de taille que chaque auditeur interne doit relever. Par ailleurs, nos obligations ne se limitent pas à éviter toute complicité directe, et la nuance est ici importante : les auditeurs internes doivent être attentifs aux risques inhérents à leurs actions et en rendre compte – ce qui inclut également l’inaction. Autrement dit, en nous abstenant d’agir ou de faire entendre notre voix, nous nous rendons complices d’éventuelles fautes.

Épisodiquement, d’aucuns tentent de comprendre les manquements à l’éthique dans notre profession et il s’ensuit alors un article troublant ou des gros titres embarrassants. Comme en 2012, lorsqu’un article de blog sur Forbes.com titrait : « Infernal Audit : When Internal Auditors Go Bad » (Les dérives de l’audit interne : lorsque les auditeurs passent du côté obscur). Mais dans l’ensemble, nous avons eu de la chance au cours des onze dernières années. En effet, les questions réglementaires ou relayées par les médias concernant l’éthique collective ou les compétences au sein de notre profession sont restées marginales. La raison est pour moi la suivante : la majorité des auditeurs internes font preuve d’un grand sens de l’intégrité dans l’exécution diligente de leurs obligations. Toutefois, le risque existe qu’un scandale retentissant mettant en cause l’audit interne n’entache la réputation de la profession tout entière. Gardons-nous donc de le sous-estimer. Comme le dit un proverbe : une pomme gâtée en gâte cent. (NDT: jeu de mots entre les termes anglais « internal » (interne) et « infernal » (infernal))

Il incombe aux auditeurs internes de protéger l’intérêt public. Si nous faisons preuve d’incompétence ou, pire, devenons l’instrument de personnes mal intentionnées, ce n’est pas seulement notre organisation et notre profession que nous mettons en péril, mais également nous-mêmes.

Comme toujours, je me réjouis de lire vos commentaires.

Communication: Richard F. Chambers, Président et CEO du Global Institute of Internal Auditors, publie un article hebdomadaire pour InternalAuditor.org sur les questions et tendances relatives à la profession de l'audit interne.