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​Affaiblir l’audit interne en décidant de sous-payer son responsable n’est jamais un hasard

Le 7 Août 2017

(Initialement publié le 16 novembre 2015)

La période estivale me donne l’occasion de partager des articles qui ont suscité un grand intérêt au moment de leur publication. Cette semaine, je reviens sur les situations dans lesquelles la fonction d’audit interne peut être manipulée en restreignant ses ressources.

Un chasseur de tête expérimenté, m’a récemment fait part de sa frustration face au nombre important de grandes entreprises qui proposent aux responsables de l’audit des salaires inférieurs au marché. Je lui ai répondu que je n’étais pas surpris. Mon constat, forgé de longue date, montre que certaines organisations ne souhaitent pas avoir un responsable de l’audit interne digne de ce nom, d’où le prix qu’elles sont prêtes à payer. Après tout, « on n’en a que pour son argent ».

En apparence, on pourrait penser que ces organisations cèdent à la réduction des coûts à court-terme aux dépens d’une fonction d’audit interne bien gérée. Dans le pire des cas, une négligence sans conséquence sera invoquée. Malheureusement, la réalité est bien plus trompeuse qu’il n’y paraît.

A mon avis, ce n’est pas un hasard si certaines entreprises minorent la rémunération qu’elles proposent à leur responsable de l’audit interne. Je suis convaincu qu’il s’agit alors d’une ruse pour recruter des profils à potentiel moins élevé. Ce faisant, la direction tente de déstabiliser l’audit interne pour éviter d’avoir à rendre des comptes. Cela me fait penser à un dicton américain familier et particulièrement pertinent dans ce contexte : « good work ain’t cheap. Cheap work ain’t good ». En d’autres termes, « vous n’obtiendrez jamais un travail de qualité pour des cacahuètes et ne vous étonnez pas de ne pas être satisfaits par un travail de piètre qualité ».

Les conseils et les comités d’audit sont ultimement responsables de ces manigances auxquelles ils n’ont pas porter l’attention nécessaire, permettant leur répétition.

Toutefois, serrer les cordons de la bourse n’est certainement pas la seule tactique déloyale pour limiter la portée de l’audit interne. Début 2014, j’ai écrit un article sur un conflit relatif au financement de la fonction d’audit interne de l’Etat du Delaware. Une augmentation du salaire des auditeurs, pour des postes compétitifs par rapport à ceux du secteur privé, avait été bloquée en raison de jeux de pouvoir. Et pour cause, cibler les vigies au sein des organisations publiques est le meilleur moyen de les neutraliser.

Je pense que la plupart des dirigeants, y compris dans le secteur public, apprécient une fonction d’audit interne robuste et efficace ainsi que son rôle de surveillance. Ils reconnaissent qu’elle est essentielle pour un management des risques et des dispositifs de contrôle interne solides. Ils ont également conscience que pour tirer le meilleur parti de la fonction d’audit interne, celle-ci doit disposer des ressources nécessaires et être indépendante.

Cependant, au cours de mes quarante années de carrière, j’ai été témoin de nombreuses situations dans lesquelles la fonction d’audit interne, aussi robuste soit-elle, n’était pas bien accueillie par les dirigeants des organisations publiques et privées qui préfèreraient s’en servir d’ornement plutôt que d’y voir le reflet de la qualité du devoir de rendre de compte.

Malheureusement, ces restrictions visant à garder l’audit interne sous contrôle, ne sont pas l’unique preuve que la fonction lutte pour maintenir son indépendance dans de nombreuses organisations. En mars 2015, la Fondation de la recherche de l’IIA a publié un ouvrage intitulé « Pressions politiques sur l’audit interne » qui révèle que les pressions exercées par le management sont une menace constante pour l’objectivité de l’audit interne.

Plus de la moitié des responsables de l’audit interne nord-américains interrogés pour cette étude ont déclaré avoir reçu l’ordre, au moins une fois dans leur carrière, de supprimer ou de modifier certains constats d’audit importants. Presque autant (49%) ont indiqué avoir subi des pressions pour ne pas auditer un domaine à haut risque.

Ces résultats démontrent les tentatives d’influence abusive de l’audit interne. Or, en embauchant des profils de moindre potentiel, la direction augmente ses chances de réussir ces tentatives qui aboutiraient à un échec assuré pour l’organisation.

Conclure que les dirigeants qui esquivent des évaluations objectives peuvent avoir quelque chose à cacher n’est pas totalement tiré par les cheveux. Je n’insinue pas que ces exemples impliquent forcément des pratiques délictueuses mais il s’en dégage certainement des relents d’inefficience, d’inefficacité, d’incompétence ou encore de manquement à l’éthique. Une fois de plus, cela illustre une culture d’entreprise affaiblie qui, comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises en 2015, peut nuire à la crédibilité de l’organisation.

D’autres expressions me viennent à l’esprit lorsque j’essaye de caractériser les conséquences, inévitablement négatives, du nivellement de la fonction d’audit interne par le bas. Néanmoins, j’aimerais terminer sur une note positive en citant Warren Buffet, gourou de l’investissement intelligent : "Le prix est ce que vous payez. La valeur est ce que vous gagnez."

Tous les dirigeants et les conseils devraient s’en inspirer.

Richard Chambers

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.