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​Années 2020 : à vos marques, prêts…

À mon âge, approcher d’une nouvelle décennie ne devrait pas tant me préoccuper. En effet, je vais bientôt célébrer mes 50 ans de carrière dans la profession. J’ai déjà vécu quatre passages à de nouvelles décennies et à chaque fois j’ai tenté d'imaginer ce qu'elles nous réserveraient. Et à chaque fois des événements que personne n'aurait pu prévoir se sont produits : l’embargo pétrolier de l’OPEP dans les années 1970, la chute de l’URSS dans les années 1980, l’essor de l’Internet dans les années 1990, la crise financière mondiale des années 2000 et enfin l’explosion des réseaux sociaux ces dix dernières années. Tous ces événements ont profondément modifié le monde dans lequel nous vivons et travaillons.

Nous changeons de décennie dans trois mois. Instinctivement, ce genre de jalons nous invite à faire le bilan du passé et à imaginer l'avenir. C’est la définition même des bornes qui jalonnent les routes et les sentiers, indiquant le chemin parcouru et la direction suivie.

De nombreux blogs, articles et études analysent déjà ce qu'il est susceptible de se produire avant 2030. Toutefois, prédire l’avenir est un exercice qui peut mettre notre humilité à rude épreuve car nous ne sommes pas à l'abri d'une erreur. En effet, nos meilleures prévisions sont souvent fondées sur nos propres connaissances et nos ressentis actuels.

Un autre écueil de cette démarche est de sous-estimer l’importance des technologies. En 2010, rien ou presque ne laissait penser que près de 2,1 milliards de smartphones seraient en circulation dix ans plus tard, ou que les cyberattaques menaceraient les données personnelles de millions, si ce n’est de milliards, de personnes à travers le monde.

Ce n’est pas surprenant, si l’on considère que notre capacité à prédire l’impact des technologies est limitée par notre façon de penser. Peter Diamandis en parle dans le cadre de ses conférences sur la différence entre la pensée linéaire et la pensée exponentielle. Le célèbre entrepreneur et innovateur, qui est également le fondateur et le président de la Fondation X Prize les compare en utilisant l’exemple suivant :

30 pas linéaires de 1 mètre par pas = 30 mètres

30 pas exponentiels de 1 mètre (1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, etc.) = 1 073 741 824 mètres

Quel est donc le rapport avec ce qui nous attend dans les années 2020 ? Voyez plutôt. L’homme réfléchit de manière linéaire tandis que les technologies évoluent de manière exponentielle. Aussi nos meilleures estimations sur les avancées technologiques et leurs conséquences sur nos vies arriveront-elles probablement loin du compte. Par ailleurs, la tâche est encore plus ardue quand on considère l’influence des technologies sur l’économie, les entreprises, les politiques, les normes sociales et l’éthique.

Néanmoins, cela ne doit pas nous empêcher d’essayer. Lorsque l’on travaille de concert pour envisager l’avenir, nous développons une ouverture d’esprit qui nous permet de nous affranchir du présent. Nous pouvons ainsi apprécier la situation dans son ensemble, réfléchir en termes de stratégie et nous fixer des objectifs ambitieux et atteignables sur le long terme.

D’ici la fin de l’année, je consacrerai plusieurs articles aux prévisions pour les années 2020, axés sur la macroéconomie, sur notre profession ou sur des sujets plus personnels. Je m’inspirerai de grandes personnalités issues de divers secteurs et recueillerai leurs prédictions les plus marquantes et pertinentes. Je souhaite commencer par l'échelle macroéconomique.

Cinq prédictions pour les années 2020 qui pourraient profondément altérer nos vies

Dans l’interface homme-machine, la frontière entre l'homme et la machine restera floue. Le monde « phygital » (contraction de physique et digital) va s’imposer dans la société et dans le monde professionnel. À l’heure actuelle, il concerne surtout le confort des consommateurs. Il s’agit par exemple de systèmes de sécurité qui les alertent lorsque la porte du garage est restée ouverte ou de réfrigérateurs qui les avertissent lorsqu'ils sont à court de lait.

Au cours des prochaines années, les avancées de la médecine, la réalité virtuelle et augmentée et la plus large acceptation de l'union homme-machine vont nous mener à des innovations comme les téléphones implantables, les membres bioniques, les organes imprimés en 3D, et les systèmes de « collecte mémorielle » des personnes, lesquels prendront la forme d’avatars numériques qui leur survivront après la mort.

Le monde sera soumis à une série de crises politiques et économiques majeures. Création de valeur, paix et prospérité. Des systèmes économiques et politiques qui, jusqu'à présent, se sont concentrés sur ces éléments en procurant des emplois à toute personne valide seront mis à l'épreuve par la convergence de facteurs multiples. Parmi eux figurent notamment le départ à la retraite des baby-boomers aux États-Unis, la multiplication des mouvements migratoires à travers le monde, la montée des nationalismes, les guerres commerciales, le nombre croissant de crises humanitaires – décuplées par le réchauffement climatique – et l'intégration totale de l'intelligence artificielle (IA) dans le monde du travail. Je pense qu’il y aura au moins une crise majeure, mais il ne faut pas sous-estimer le risque que plusieurs crises surviennent.

Plusieurs économies adopteront des modèles de revenu minimum/universel. Les avancées de l'IA et du machine learning vont irrévocablement transformer les créations d'emploi, condamnant ainsi une partie de la population au chômage. Avec le potentiel de création d'emplois de l'IA qui se chiffre en millions et les interactions homme-machine qui permettront non seulement à la science et à la médecine de faire de grands progrès, mais aussi d'améliorer la productivité et la qualité de vie, nous avons des raisons de nous montrer optimistes. Néanmoins ces avancées mèneront également à l'exclusion de toute une frange de la population.

Pour éviter la crise politique et sociale, les modèles économiques doivent s'adapter de manière à garantir un revenu minimum à toutes et à tous.

La manipulation des personnes et des politiques détrônera les gains financiers directs en tant que principal motif de cybercriminalité. Nous avons déjà été témoins de l’évolution du piratage informatique qui est passé du simple moyen de gagner de l'argent illégalement – grâce au phishing, au vol d’identité ou au rançongiciel – à des plans d’envergure nationale destinés à influencer les élections. Dans les années 2020, les cyberattaques seront davantage centrées sur la dimension sociale afin d’influencer les pensées et les actions des individus.

Toute personne malveillante dispose déjà des technologies pour créer des campagnes afin d’agir sur les comportements de groupes nombreux :

  • Des algorithmes de moteur de recherche biaisés peuvent influer sur les habitudes de consommation, la participation électorale, l’opinion publique et discriminer selon le genre, la race, l’ethnie ou l’orientation sexuelle.
  • Des vidéos truquées ou deepfake détournent des images et des propos de personnes en faisant croire qu’elles les ont prononcés ou qu’elles ont agi d’une certaine façon.
  • Sur des sites piratés, le flux d’informations peut être interrompu ou l’affichage subtilement manipulé, parfois sans même que le propriétaire du site ne s’en rende compte.

C'est notre réalité et les cybercriminels sont très habiles quand il s'agit de trouver de nouvelles façons de détourner les technologies. Avec le lancement imminent de la technologie sans fil 5G et l’explosion de données qu’elle va engendrer, ils vont certainement imaginer de nouveaux moyens audacieux et secrets pour influencer ce que l’on entend, voit et potentiellement ce que l'on entreprend.

La domination économique américaine déclinera considérablement. Certains prédisent que le PIB de la Chine dépassera celui des États-Unis dès 2020. Que ce soit ou non le cas, cela aura certainement lieu avant 2030. La montée en puissance des économies en Chine, en Inde et dans d’autres pays asiatiques leur permettra de peser davantage sur le commerce mondial. Du point de vue du PIB, la Standard Chartered Bank, banque britannique multinationale, prévoit que d’ici 2030 les États-Unis se classeront derrière la Chine et l’Inde, mais avant l’Indonésie.

Au cours de mes recherches pour cet article, j’ai lu des dizaines de prédictions relatives aux technologies (p. ex. les voitures autonomes, sites de rencontre en ligne), aux avancées médicales (prothèses visuelles, nanorobotique), à la finance (blockchain, disparition des banques), à la politique (montée du nationalisme, confiance en déclin), et à bien d’autres sujets. J’ai essayé de compiler ces idées très diverses pour n’en retenir que cinq principales. Ma liste aurait très bien pu en compter dix ou vingt.

Au vu de nombreuses prédictions, le tableau des prochaines années n’est pas réjouissant, surtout parce que la société, les politiques et la culture n’évolueront pas au même rythme que les technologies. Cependant, j’ai une confiance inébranlable en l’humain. À travers le monde, les hommes parviennent à s’adapter et à endurer leurs circonstances de manière remarquable.

Je voudrais conclure sur une note positive en vous proposant une citation de Peter Diamandis, connu pour avoir édicté les fameuses « Peter’s Laws  ». Selon le 17e principe de cette liste, « la meilleure façon de prédire l’avenir est de le créer soi-même  ».

Comme toujours, je me réjouis de lire vos commentaires.

Disclosure:
Richard F. Chambers, Président et CEO du Global Institute of Internal Auditors, écrit un blog hebdomadaire pour InternalAuditor.org sur les questions et tendances relatives à la profession de l'audit interne.