Skip Ribbon Commands
Skip to main content
Global Institute of Internal AuditorsBreadcrumb SeparatorKnowledge and ResearchBreadcrumb SeparatorChambers Blog (French)Breadcrumb SeparatorCoronavirus : l’enjeu vital de la vitesse du risque

Coronavirus : l’enjeu vital de la vitesse du risque

En peu de temps, l’épidémie de coronavirus (COVID-19) s’est imposée comme l’un des plus grands risques mondiaux de la dernière décennie. Sa soudaine émergence, et sa mutation rapide en véritable menace sanitaire et économique, ont déstabilisé les organisations et les marchés financiers, entraînant un ralentissement de la productivité et l’envolée des dépenses de santé publique. Cette épidémie pourrait bien plonger l’économie mondiale en récession.

Or le plus étonnant concernant cette menace mondiale en évolution constante, c’est qu’il y a encore trois mois, personne ne l’aurait envisagée.

Bien que l’épidémie de COVID-19 ait été aussi soudaine qu’inattendue, le XXIe siècle a déjà connu deux épidémies causées par d’autres souches de coronavirus : le SRAS en 2003 et le MERS en 2012. Lors de ces deux épisodes, le nombre d’infections était toutefois nettement inférieur et ne dépassait pas les 10 000 cas confirmés, alors que la barre des 100 000 personnes infectées par le COVID-19 a été franchie la semaine dernière, avec 90 pays touchés. À la date de rédaction de cet article, l’état de pandémie – c’est-à-dire la propagation mondiale d’une nouvelle maladie – n’a certes pas encore été déclaré, mais le basculement vers le stade pandémique semble toutefois inéluctable.

J’ai déjà écrit à maintes reprises sur les auditeurs internes et les organisations se préparant à calibrer leurs actions en fonction de « la vitesse du risque ». Le COVID-19 soumet ce concept à une épreuve de taille.

Les organisations sont contraintes de prendre des décisions qui impactent non seulement leur activité, mais aussi la santé et la sécurité de leurs collaborateurs. Dans une enquête menée par Willis Towers Watson mi-février, la majorité des 158 organisations interrogées ont déclaré engager des mesures spécifiques afin de protéger leurs collaborateurs. Parmi elles, 47 % ont indiqué qu’elles annuleraient la participation des collaborateurs nord-américains à des conférences prévues dans certains pays.

L’ enquête annuelle 2019 de PwC auprès des administrateurs d’entreprise (2019 Annual Corporate Directors Survey) reflète quant à elle la nature imprévisible de l’épidémie : aucune évocation de quelconques risques liés à la santé dans ce rapport. Je suppose même que personne n’aurait pensé à la potentielle survenance d’une épidémie de type COVID au moment où PwC a mené cette enquête.

Loin de moi l’idée de critiquer le rapport établi par PwC. Il fournit un éclairage important sur la façon dont les conseils d’administration perçoivent les risques. En effet, l’une des parties de l’enquête portait spécifiquement sur la gestion de crise et la continuité d’activité. Toutefois, la question ciblait la surveillance de la gestion de crise en lien avec des cyberattaques, des catastrophes naturelles et des allégations de fraude financière.

Fait réjouissant, l’enquête a toutefois révélé que les conseils d’administration s’intéressaient fortement à cet enjeu. Voici ce qu’indique le rapport :

« La quasi-totalité (96 %) des administrateurs déclarent avoir discuté des plans de la direction pour réagir à une crise majeure, soit une hausse de 12 points par rapport à 2018. Par ailleurs, ils s’impliquent de plus en plus dans des activités traditionnellement moins courantes, notamment l’élaboration d’une politique écrite de recours à la hiérarchie et la participation à des exercices de simulation. Ces efforts peuvent doter les administrateurs d’outils concrets potentiellement utiles en situation de crise. »

Ces résultats montrent que les organisations sont de plus en plus préparées à la gestion de crises. Mais alors, pourquoi les conséquences du coronavirus prennent-elles un tour si dramatique ? Je réponds sans hésitation : la vitesse du risque.

Dans la seconde édition de mon premier ouvrage intitulé Lessons Learned on the Audit Trail, j’ai enrichi le titre initial de l’élément « The Speed of Risk » (la vitesse du risque). Deux raisons ont motivé cet ajout. J’ai souhaité d’une part refléter les profondes mutations dans la façon dont émergent et évoluent les menaces dans le panorama des risques actuel, et d’autre part enjoindre les professionnels de l’audit interne à s’affranchir de la rigidité des plans annuels d’audit interne. En effet, en restant attachés à un plan annuel, les responsables d’audit interne desservent leur organisation. Dans le panorama des risques actuel, les organisations et leur plan d’audit doivent être aussi flexibles qu’agiles afin de répondre aux menaces évolutives susceptibles d’émerger du jour au lendemain.

Au cours des cinq années qui ont séparé les deux éditions de mon livre, les événements de risque ayant nécessité des mesures de gestion de crise ont essentiellement gravité autour de failles de cybersécurité, de catastrophes naturelles et de scandales d’entreprise causés par des cultures internes toxiques.

Néanmoins, la prise de conscience nouvelle que le management des risques doit se montrer agile, et l’engagement que cela suscite, n’ont jamais été mis à l’épreuve par une menace revêtant de si multiples facettes. Moins de 100 jours après son émergence dans la ville de Wuhan, en Chine, le COVID-19 a déstabilisé des organisations aussi diverses que Princess Cruise Lines et Apple Inc. Au-delà de l’impact évident sur la santé et la sécurité, le virus menace désormais directement les lignes de croisière, les compagnies aériennes, les hôtels, les restaurants, les salons et conférences ainsi que le tourisme. Le département d’État américain a même recommandé aux ressortissants du pays, notamment aux personnes souffrant de problèmes de santé sous-jacents, d’éviter de partir en croisière. Dans le même temps, les stocks mondiaux d’équipements de protection individuelle s’amenuisent compte tenu de l’explosion de la demande et des achats guidés par la panique. Au regard de cette situation, l’Organisation mondiale de la Santé a tiré la sonnette d’alarme et déclaré que cette pénurie mettait en danger le personnel soignant.

Également frappés de plein fouet, les marchés financiers se sont effondrés, plombés par l’incertitude quant à la capacité du corps médical à contenir la propagation galopante du COVID-19. Les zones d’ombre persistantes entourant l’endiguement de l’épidémie, et l’impact ultime du virus sur la productivité et les activités des entreprises, tels sont les deux paramètres qui détermineront si cette crise demeure strictement sanitaire, ou si elle précipitera également une crise économique mondiale.

Les organisations et les auditeurs internes devraient tous se préparer à ce deuxième scénario, ce qui implique de réexaminer leur budget, d’actualiser et de tester leur plan de gestion de crise et, enfin, d’envisager un remaniement rationnel de leur plan d’audit.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.​