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​Divulguer les travaux de l’audit interne : est-ce abuser des bonnes choses ?

Le CPA Journal a récemment publié un article provocateur, intitulé « The Benefits of Internal Audit Disclosures », qui s’intéresse à des travaux de recherche sur la connaissance que les investisseurs ont des fonctions d’audit interne, ce qu’ils pensent d’une éventuelle divulgation des travaux d’audit interne et comment ces divulgations pourraient rendre la gouvernance des organisations plus transparente.

La recherche initiale menée par Deborah S. Archambeault, F. Todd DeZoort, et Travis P. Holt présente ces divulgations sous un angle positif. En effet, selon l’article, les chercheurs ont identifié trois avantages à rendre public le fonctionnement de l’audit interne en se fondant sur une analyse des recherches réalisées dans le domaine de l’audit interne, ainsi que sur une série d’entretiens avec des analystes financiers, des membres de comités d’audit, des auditeurs internes ou encore des responsables politiques. Ces avantages sont :

  • Une meilleure compréhension de la fonction d’audit interne et de son rôle de gouvernance.
  • La possibilité de renforcer l’efficacité des auditeurs internes grâce à une transparence accrue.
  • Une augmentation des investissements dans l’audit interne.

En parallèle, et c’est tout à son honneur, l’équipe de recherche a identifié les coûts potentiels que de telles divulgations induisent :

  • Un risque accru de contentieux.
  • L’incertitude concernant la capacité des investisseurs à utiliser les informations.
  • Des coûts supplémentaires de reporting.

En conclusion, l’équipe de chercheurs a proposé un modèle de rapport d’audit interne qui rendrait publics la composition de l’audit interne, ses responsabilités, ses rattachements, ses activités ainsi que l’allocation de ses ressources. Ce modèle est en phase avec la démarche de l’IIA visant à convaincre les autorités législatives et réglementaires des États-Unis d’élargir les exigences de reporting concernant les fonctions d’audit interne applicables aux sociétés cotées en bourse.

L’article se penche également sur d’autres recherches effectuées par DeZoort, Holt, et d’autres, sur les perceptions des investisseurs en fonction de leur connaissance des rattachements, de l’assurance fournie par les auditeurs externes et internes, et de l’évaluation des risques par les auditeurs internes. Chaque recherche aborde des aspects différents du rôle de l’audit interne dans la gouvernance et repousse à chaque fois les limites en matière de divulgation.

C’est alors que j’ai commencé à m’inquiéter et que l’expression « abuser des bonnes choses » m’est venue à l’esprit.

Une bonne gouvernance implique un équilibre délicat. La relation de travail entre les administrateurs, les dirigeants et l’audit interne est complexe, s’exerce à des niveaux multiples et est influencée par une myriade de facteurs, y compris la force de la fonction d’audit interne au sein de l’organisation. Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’une description détaillée de l’efficacité des fonctions d’audit interne dans les sociétés cotées en bourse serait une évolution positive, qui pourrait contribuer de manière significative à améliorer la confiance des investisseurs dans les marchés.

Toutefois, les praticiens de l’audit interne doivent toujours garder à l’esprit l’adjectif qui décrit notre métier : « interne ». Indépendamment de la valeur que nous pourrions, ou que d’autres pourraient, attribuer à l’augmentation de la transparence dans les travaux de l’audit interne, il n’en reste pas moins que la responsabilité première de la fonction d’audit interne est envers l’organisation elle-même. Cette allégeance à l’organisation, la confidentialité de notre travail et toutes les exceptions éventuelles sont couvertes à de nombreuses reprises dans le Cadre de référence international des pratiques professionnelles.

On pourrait me dire que les investisseurs font partie de l’organisation. C’est vrai, mais il n’en reste pas moins qu’ouvrir les portes de l’audit interne à l’inspection publique comporte de graves dangers. La liste des conséquences négatives est bien plus longue que celle décrite par Archambeault, DeZoort, et Holt dans leur recherche.

Les rapports d’audit interne peuvent révéler des faiblesses de l’entreprise en matière de cybersécurité, des désavantages concurrentiels, des stratégies d’expansion, des secrets commerciaux et d’autres considérations internes qui pourraient sérieusement compromettre la réussite de l’organisation si le grand public en avait connaissance. Ces révélations pourraient porter atteinte à la réputation et aux finances de l’entreprise mais aussi, par extension, aux investisseurs eux-mêmes.

La divulgation des résultats de l’audit interne pourrait également avoir un impact négatif sur la relation entre l’audit interne et le management. Quand j’étais inspecteur général, les résultats d’audit de mon agence fédérale étaient régulièrement publiés. La publicité négative qui pouvait en découler avait souvent pour effet de dissuader le management de faire preuve de sincérité et de transparence à mon égard. Une fois, un haut fonctionnaire m’a dit : « Richard, je pense que nous avons des problèmes dans plusieurs domaines. Mais je ne te demanderais jamais de te pencher dessus. Tes rapports sont publics. »

Entrouvrir les rideaux pour laisser apparaître les rouages internes de la santé financière d’une organisation est ce qui a donné naissance à l’audit moderne. Mais essayer de les ouvrir davantage est dangereux et nécessite de la prudence.

Comme toujours, je me réjouis de lire vos commentaires.

Richard Chambers

Pour information
Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.