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Global Institute of Internal AuditorsBreadcrumb SeparatorKnowledge and ResearchBreadcrumb SeparatorChambers Blog (French)Breadcrumb SeparatorIl est possible que l’audit interne travaille pour les mauvais individus, mais pas pour les mauvaises « structures »

​Il est possible que l’audit interne travaille pour les mauvais individus, mais pas pour les mauvaises « structures »

Être à la tête d’une organisation internationale me donne la possibilité de rencontrer des personnes relativement célèbres. En tant que président et directeur général de l’IIA, j’ai eu la chance de rencontrer des chefs d’État, des membres du congrès américain, le secrétaire général des Nations Unies ainsi que de nombreux diplomates, professeurs et acteurs.

Si leurs connaissances et leur expertise dans leurs domaines d’activité respectifs ont certainement contribué à la renommée de ces personnes, il faut admettre que leur maîtrise et leur appréciation de l’audit interne est, de manière générale, limitée. Toutefois, l’acteur Richard Dreyfuss, lauréat d’un Oscar et intervenant lors de la récente Conférence Internationale de l’IIA, constitue une exception notable et encourageante.

La brillante carrière de Richard Dreyfuss s’étend sur plus de 50 ans et comprend des rôles tels que celui du tristement célèbre Bernie Madoff dans la mini-série d’ABC, Madoff, acclamé par la critique. Mais c’est son travail en dehors de Hollywood qui a consolidé ses opinions en matière de redevabilité, de confiance et de transparence dans les secteurs privé et public. Sa détermination à améliorer la transparence et la redevabilité, particulièrement au sein du gouvernement, se manifeste par la création de la fondation « Dreyfuss Civics Initiative ». Cette fondation non partisane et sans but lucratif a été constituée en 2008 dans le but de restaurer, selon le site Web, « l’éducation civique dans l’enseignement aux Etats-Unis afin de doter les générations futures de l’esprit critique nécessaire à la réalisation du vaste potentiel de la citoyenneté américaine ».

Lors de la préparation du « Fireside Chat » (Conversation au coin du feu) qui a lancé la conférence, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec lui pendant plusieurs heures. De cette conversation, il est clairement ressorti que sa passion pour notre activité est intense et sincère.

Son allocution lors de la séance plénière d’ouverture, devant plus de 2500 participants, en témoigne. À plusieurs reprises, il s’est adressé directement à eux en leur disant : « vous ne travaillez pour les bonnes personnes ». Voulant dire par là que le travail de l’audit interne, qui consiste à fournir une assurance indépendante mais aussi à contribuer à l’obligation de rendre compte et à la transparence, est trop important pour rester confiné au sein de l’organisation.

Ses paroles m’ont choqué, comme, j’imagine, beaucoup d’autres personnes dans l’assistance. L’une des vérités fondamentales sur l’audit interne est que notre travail est interne à l’organisation. J’ai d’abord pensé que Richard Dreyfuss ne comprenait pas vraiment le fonctionnement de l’audit interne. Mais plus je réfléchissais à son discours (pour être honnête, je n’ai pas pu me l’enlever de la tête pendant des jours), plus je me suis rendu compte qu’il avait raison.

Il est vrai que, parfois, nous ne travaillons pas pour les bonnes personnes.

Pour être clair, en affirmant « vous ne travaillez pas pour les bonnes personnes », Dreyfuss faisait référence à la structure de l’audit interne au sein de l’organisation et à son rattachement au conseil d’administration et à la direction générale. Je ne suis pas d’accord sur ce point. En revanche, j’admets qu’il arrive parfois que « les mauvaises personnes » siègent dans les conseils d’administration ou occupent des postes de direction.

Trop souvent, les administrateurs sont nommés en raison de leurs relations et non de leurs connaissances. Trop souvent, ils se contentent de suivre le mouvement. Et trop souvent, les PDG ou les présidents de conseils d’administration sont motivés par leur propre intérêt personnel et non celui de leur l’organisation. Preuve en est, les scandales survenus récemment à travers le monde.

Mais il est essentiel de comprendre que, dans ce genre de situation, le problème ne vient pas de la structure mais bien des individus qui occupent des postes clés au sein de cette structure.

Une bonne gouvernance est complexe et requiert que chaque acteur du processus soit efficace. Un conseil d’administration curieux, informé, sceptique et prêt à soutenir une assurance indépendante et objective est également nécessaire, de même qu’une équipe dirigeante qui privilégie la réussite à long terme aux gains à court terme et encourage une fonction d’assurance indépendante dont le seul but est d’accroître et de préserver la valeur de l’organisation.

Lorsque le conseil d’administration ou la direction générale ne jouent pas leur rôle en matière de gouvernance, la mission de l’audit interne se corse d’autant plus.

Les praticiens me demandent souvent comment ils doivent aborder les sujets tabous qui pourraient leur coûter leur emploi. En général, je leur réponds que les auditeurs internes doivent avoir le courage de faire face aux défis qui sont inhérents à leur rôle. Dans mon deuxième livre, Trusted Advisors: Key Attributes of Outstanding Internal Auditors, je définis le courage comme « le fait d’être assez brave, même face à un danger professionnel ou personnel, pour faire le bon choix ». Mais cela peut s’avérer particulièrement difficile et décourageant lorsque ceux qui sont au-dessus et autour de vous en sont eux-mêmes incapables.

Le nombre élevé de défaillances et de scandales recensés récemment a suscité une vague de mécontentement vis-à-vis des administrateurs, des dirigeants et des auditeurs internes. Les investisseurs et les régulateurs demandent plus de redevabilité et de transparence. Mais nous ne pouvons pas examiner ce mécontentement croissant et la pression qui pèse sur les parties prenantes en vases clos.

Les progrès fulgurants de la technologie et les interdépendances croissantes au niveau mondial accélèrent les risques et les disruptions. Pour y faire face, tous les acteurs du processus de gouvernance doivent être au sommet de leur art. L’audit interne doit soutenir une bonne gouvernance en s’adaptant à des technologies en mutation, en développant des relations mutuellement bénéfiques avec les parties prenantes et en ayant le courage de se faire entendre quand les choses tournent mal.

Nous devrions avoir pour objectif de cultiver des relations de travail idéales avec nos parties prenantes pour garantir une fonction d’audit efficace et efficiente ainsi qu’une gouvernance de grande qualité. Ce n’est qu’alors que nous pourrons affirmer que nous travaillons pour les bons individus et les bonnes structures.

Comme toujours, je me réjouis de lire vos commentaires.

Richard Chambers

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.