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L’audit interne ne laisse aucune place aux fausses nouvelles ou aux faits alternatifs

Le 20 Fevrier 2017

J’ai pensé récemment à une expression très populaire en Amérique qui vient d’un classique de la télévision américaine : Dragnet. Le protagoniste de la série policière, le détective sergent Joe Friday est à jamais associé à la fameuse expression, « Seulement les faits, Madame ».

De nos jours, il semble que disposer des seuls faits est plus facile à dire qu’à faire. Le débat sur les faits alternatifs et les fausses nouvelles, lancé à Washington, D.C., fait les choux gras des médias, des commentateurs politiques, des animateurs de talk-show de fin de soirée et s’avère particulièrement troublant pour quiconque travaille dans le domaine de l’audit interne. L'un des principes fondamentaux de notre profession est de communiquer les résultats de nos audits d’une manière claire, concise et objective. Tout désaccord sur nos rapports finaux, lorsqu’il s’agit des faits, doit systématiquement être exclu.

Un fait est défini comme étant « ce qui est reconnu comme incontestable ». Malgré sa simplicité apparente, cette définition laisse une marge de manœuvre à ceux qui souhaitent lancer un débat sur ce qui est reconnu comme incontestable. Nous pointons là, l’une des caractéristiques les plus omniprésentes du 21ème siècle qui nourrit ce débat.

L’Internet a considérablement contribué à générer cette agitation autour des faits. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’a été diffusée aussi facilement à un aussi grand nombre de personnes. Pourtant, l’Internet accorde de la crédibilité à des choses peu crédibles ou même, purement et simplement, mensongères.

Comprenez-moi bien. Je pense qu’il est important de confronter les points de vue. Mais l’Internet ne dispose pas de filtre permettant de distinguer ce qui est factuel de ce qui ne l’est pas. Paradoxalement, l’outil de communication le plus important de l’histoire humaine, tout en permettant aux gens de se forger leur propre version des faits, leur a aussi permis de se couper des informations qui de leur point de vue ne sont pas acceptables.

Il est ainsi devenu plus facile de confondre le fait avec la vérité. La différence subtile mais importante entre ces deux notions repose sur le principe selon lequel un fait ne peut être contesté à l’aide d’un raisonnement ou d’une argumentation. Le soleil brille. La terre est ronde. Ce que l’on croit vrai dépend, en revanche, du point de vue, des expériences et des préjugés d’une personne.

Tout au long de l’histoire, des outils facilitant la communication avec les masses, la langue écrite, la presse imprimée, la radio, la télévision, l’Internet, ont créé les conditions du changement du statu quo social, économique et gouvernemental. Dans cette perspective, la dérive provoquée par l’Internet a créé une atmosphère dans laquelle les fausses nouvelles et les faits alternatifs peuvent prospérer.

Dans la mesure où l’Internet continue à fournir des sources en ligne qui font écho à nos propres croyances, un segment de la population aura toujours la possibilité de se couper des points de vues contraires sans jamais avoir l’occasion de reconstituer un tableau complet.

En tant qu’auditeurs internes, nous ne pouvons pas limiter nos investigations aux seules sources qui confortent nos hypothèses. Pour comprendre la cause fondamentale, il faut faire preuve d’honnêteté intellectuelle. Ce qui nous impose de laisser de côté toute notion préconçue. L’honnêteté intellectuelle a fait couler beaucoup d’encre, mais les principaux enseignements pour les auditeurs internes sont les quatre concepts sur lesquels celle-ci repose :

  • Les croyances personnelles ne doivent pas interférer avec les faits ;
  • Les faits et les informations pertinents ne doivent jamais être délibérément omis, même lorsqu’ils contredisent les hypothèses ; 
  • Les faits doivent être présentés de manière impartiale, ne doivent pas être déformés pour donner une impression trompeuse ou abonder en faveur d’un point de vue au détriment d’un autre ;
  • Les références ou les travaux antérieurs sont reconnus ou attribués.

Ces concepts devraient sembler familiers à la plupart des auditeurs internes. Honnêteté intellectuelle ou simple professionnalisme, le sens inné qui pousse les auditeurs internes à chercher la cause racine nécessite de prendre dûment en considération l’ensemble des faits qu’ils révèlent. Lorsque les données semblent contradictoires, l’auditeur redouble d’efforts pour investiguer plus avant.

Je me souviens très bien d’une mission qui fut pour moi l’occasion de constater à quel point se mettre d’accord sur les faits est essentiel. Je présentais au responsable d’une entité dont je venais d’effectuer l’audit un projet de rapport contenant mes constats (comprenant le référentiel, les faits, les causes et les conséquences) ainsi que des recommandations visant à corriger les écarts.

À ma grande consternation, celui-ci a répondu qu’il n’était pas d’accord avec mes projets de constats. Cependant, il a curieusement accepté de mettre en œuvre toutes les recommandations. Il a fini par admettre, non sans peine, qu’il ne voulait tout simplement pas que les constats soient « dans le dossier », tout en reconnaissant la nécessité des mesures correctives proposées. En substance, il voulait se couper, lui-même et les autres, des faits. En fin de compte, j’ai eu gain de cause car j’ai publié le rapport en l’état. Et ce fut pour moi une leçon importante sur la façon dont les individus peuvent tenter de contrôler ou de déformer le flux d’information.

Nos décideurs doivent être rassurés : nous ferons toujours ce pas de plus lorsqu’il s’agit de rechercher des faits. Il est essentiel de ne pas tomber dans le piège de la politique partisane et se laisser rattraper par les conséquences des faits alternatifs et des rumeurs de fausses nouvelles. Au contraire, les auditeurs internes doivent saisir ces occasions pour redoubler d’efforts et s’acquitter de leurs engagements de manière honnête, minutieuse et éthique.

Comme toujours, toutes vos idées sont les bienvenues.

Richard Chambers

Information:

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog un article traitant de sujets d’actualité liés à l’audit interne.