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​La mort suspecte de plusieurs auditeurs internes exige des réponses

Au Libéria, la mort suspecte de quatre auditeurs internes du secteur public provoque une onde de choc et des inquiétudes croissantes. Bien qu’une enquête ait été ouverte sur les violentes circonstances de leur décès et qu’aucun élément n’apporte la preuve formelle d’une conspiration ou d’assassinats ciblés, ces affaires font du bruit sur le continent africain et alarment les professionnels de l’audit interne du monde entier.

Les victimes, dont trois travaillaient pour l’administration fiscale libérienne (la Liberia Revenue Authority) et une qui était directeur de l’Agence de l’audit interne du pays, sont toutes mortes en l’espace d’une semaine. Leur nom doit rester gravé dans la mémoire de tous les membres de notre profession :

  • Emmanuel Barten Nyeswua, directeur général, Liberia Internal Audit Agency
  • Albert Peters, Liberia Revenue Authority
  • Gifty Lama, Liberia Revenue Authority
  • George F. Fanbutu, Liberia Revenue Authority

L’enquête officielle suit son cours et les certitudes au sujet de leur mort prématurée sont encore peu nombreuses, mais les médias font état de circonstances troublantes et laissent entendre qu’il pourrait bien s’agir de représailles contre nos homologues. De plus, le fait que le président libérien, George Weah, ait officiellement sollicité l’aide des États-Unis sème le doute quant au fait que le Libéria dispose des ressources nécessaires pour enquêter sur ces morts. En tant que président et CEO de l’IIA, j’ai adressé une lettre officielle au Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, dans laquelle je prie instamment les États-Unis d’apporter au Libéria toute l’aide nécessaire pour faire le jour sur ces affaires.

Extrait de cette lettre :

Bien qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune preuve d’une intention criminelle derrière la mort de ces quatre auditeurs, les États-Unis et le Libéria entretiennent depuis plus de 160 ans des liens particuliers et le fait d’apporter un soutien à cet allié éminent constituerait un signe important de l’engagement de nos pays à veiller mutuellement sur leur sécurité.

Aux États-Unis et dans le monde entier, l’audit interne joue un rôle essentiel dans les organisations et les établissements publics, notamment dans les pays en développement où les dispositifs de contrôle et les ressources sont parfois limités. S’il s’avère que ces morts ne sont pas le résultat de simples accidents, nous estimons qu’un tel acte criminel, commis qui plus est sur des fonctionnaires dont l’unique rôle est de protéger les intérêts de leurs concitoyens, serait une attaque contre le peuple et une agression contre la société et la démocratie.

De même, la Fédération africaine des instituts d’auditeurs internes (AFIIA) a publié une déclaration par la voie de son président, Emmanuel Johannes, qui demande instamment au Libéria d’accélérer l’enquête et « d’assurer la sécurité de tous ses citoyens, y compris des auditeurs internes ». Fait important, l’AFIIA, qui représente plus d’une douzaine d’affiliés de l’IIA en Afrique, s’est engagée à « agir pour le renforcement de la profession au Libéria et à y œuvrer en faveur de la création d’un chapitre de l’Institute of Internal Auditors ».

Il est essentiel que ces morts suspectes fasse l’objet d’une enquête approfondie et que les conclusions soient rendues publiques par les autorités libériennes. Si cela reste exceptionnel, chaque fois qu’un auditeur interne du secteur public est blessé ou tué en raison de la fonction qu’il occupe, ce n’est rien de moins qu’une attaque contre nos modes de gouvernement. En tant que professionnels de l’audit interne,nous faisons parfois face à l’ire de nos clients, aux lubies de responsables politiques ou de dirigeants irréfléchis, ou aux pressions de tiers qui voudraient que nous servions leurs visées. Toutefois, il est rare que ces représailles atteignent un niveau aussi grave et funeste.

L’an dernier, l’IIA a publié des lignes directrices qui abordent les enjeux singuliers avec lesquels doivent composer les auditeurs du secteur public. Dans ce guide pratique intitulé Unique Aspects of Internal Auditing in the Public Sector (Spécificités de l’audit interne dans le secteur public), il identifie quatre concepts déontologiques fondamentaux pour le secteur public : l’intégrité, le devoir de rendre compte, la transparence et l’équité. Ces valeurs sont également cardinales pour tout gouvernement dont l’obligation est d’être au service de ses citoyens.

J’ai souvent écrit que les auditeurs internes étaient les « dépositaires de la confiance » accordée à leurs organisations. Cela est tout particulièrement vrai pour les auditeurs du secteur public, car ils occupent une place singulière dans la défense et l’illustration des valeurs les plus précieuses de notre société et de notre noble profession.

Peut-être ne saurons-nous jamais si Emmanuel Barten Nyeswua avait mis en doute l’intégrité de puissants responsables politiques, si Albert Peters avait exigé des comptes en matière de gaspillage d’argent public, si Gifty Lama cherchait à exposer certaines affaires louches du gouvernement ou si George F. Fanbutu s’employait à mettre au jour des injustices. Il n’en reste pas moins qu’ils méritent toute notre gratitude, mais aussi notre ardente détermination à faire toute la lumière sur la fin aussi violente et prématurée de leur vocation essentielle de dépositaires de confiance.

Comme toujours, je suis curieux de lire vos réactions.

Richard F. Chambers, Président et CEO du Global Institute of Internal Auditors, écrit un article hebdomadaire pour InternalAuditor.org sur les questions et tendances relatives à la profession de l’audit interne.