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​Les auditeurs internes courageux affrontent la tempête

Le 14 Août 2017

La plupart des gens évitent les difficultés. À quelques rares exceptions près, le désir de sécurité est profondément ancré en nous. Il en va de même pour les entreprises qui ont tendance à éluder des sujets controversés tels que la rémunération des dirigeants, la conformité réglementaire, et la culture qui pourraient bien susciter les foudres de ceux qui se sentent visés.

Mais d’expérience, cette tendance à détourner le regard risque, le plus souvent, d’aggraver d’éventuels problèmes non recensés. Après tout, ignorer l’origine d’une fumée peut rendre le feu incontrôlable.

Malheureusement, certains auditeurs internes craignent qu’auditer les domaines à haut risque ne soit mal perçu par la direction générale. Et nombreuses sont les organisations où ce contrôle n’est pas apprécié à sa juste valeur. Néanmoins, un rapide examen de cette pratique permet de mettre en lumière l’idée fausse selon laquelle esquiver la controverse satisferait la direction générale et tiendrait l’organisation à l’écart des ennuis.

Dans un précédent article, j’ai décrit la rémunération des dirigeants comme le sujet tabou de l’audit interne. En effet, près de 70 % des répondants à l’enquête du CBOK (Common Body of Knowledge) réalisée par l’IIA en 2015 ont déclaré ne consacrer que peu ou pas d’efforts à l’évaluation de la rémunération des dirigeants. Parmi les raisons évoquées figurent l’extrême sensibilité entourant le sujet et le risque potentiel de carrière qu’implique un examen, et éventuellement, la remise en question de la rémunération de son supérieur hiérarchique.

Cependant, éviter le sujet ne fait pas disparaître le risque. Au contraire, les programmes de rémunération qui ne sont jamais audités peuvent, à terme, engendrer des risques encore plus importants.

Le mécontentement des actionnaires dû aux salaires et aux bonus exorbitants représente un risque évident. Cette année, le constructeur aéronautique Bombardier et le groupe pharmaceutique Mylan ont été contraints de revoir ou de retirer les plans de rémunération de leurs dirigeants. Mais la principale source de préoccupation pour l’audit interne, ce sont les systèmes de rémunération de la performance qui encouragent les managers à adopter un comportement à risque.

J’ai aussi écrit sur la relation parfois difficile entre l’audit interne et le directeur juridique.   Bien souvent, les responsables de l’audit interne expriment leur frustration vis-à-vis des directeurs juridiques qui, présument-ils, se préoccupent davantage des risques juridiques et de réputation et ne leur laissent pas l’opportunité d’exposer les résultats de leurs travaux.

Je reconnais que les risques juridiques et de réputation sont importants. Mais, les directeurs juridiques tentent trop souvent d’éliminer complètement ces risques des rapports d’audit interne, ce qui revient à empêcher les auditeurs internes de partager des informations cruciales avec le Conseil ou le comité d’audit.

La peur du risque de réputation n’est pas propre au directeur juridique. Les auditeurs du service public subissent régulièrement des pressions de la part d’élus visant à empêcher la communication de constats peu flatteurs. L’ouvrage Pressions politiques sur l’audit interne propose une étude de cas dans laquelle une équipe d’audit interne découvre que les procédures d’estimation et de négociation ont été bâclées lors de l’examen d’un achat immobilier réalisé par la ville. Sur la base d’estimations indépendantes, il est apparu que la ville avait versé une somme supérieure de 25 % à la valeur réelle du bien. Malgré les pressions exercées par certains élus et responsables des services de la ville, le responsable de l’audit interne a rendu publics les constats de son équipe. En définitive, le comportement éthique exemplaire du responsable de l’audit interne lui a coûté son emploi puisque le Conseil municipal n’a pas renouvelé son contrat.

Depuis plus d’un an, j’attire l’attention sur l’influence de la culture sur les risques. La culture peut en effet être considérée comme tabou en audit interne, particulièrement dans les organisations ou les régions du monde où l’autorité est fortement respectée. Le défi consiste à surmonter l’infaillibilité présumée des dirigeants, ou plus précisément, à contester la convention culturelle selon laquelle un tel challenge est irrespectueux ou déplacé.

Ce thème fait également l’objet d’une étude de cas dans l’ouvrage Pressions politiques sur l’audit interne qui retrace l’expérience d’un responsable de l’audit interne dans un établissement financier important, où un directeur technique très bien vu a tenu tête à l’audit interne et réfuté la quasi-totalité de ses constats.

Le responsable de l’audit interne nous a raconté une mission en particulier, qui portait sur un conflit d’intérêts entre le directeur technique et un fournisseur. Le directeur technique avait le pouvoir d’empêcher la mission, et c’est ce qu’il a fait. Bien que le responsable de l’audit interne ait fait remonter cette obstruction jusqu’au niveau du Conseil, il n’a pas réussi à relancer la mission. Le Conseil et le directeur général se sont rangés derrière le directeur technique.

A ce stade, il était clair que le responsable de l’audit interne ne pouvait avoir d’impact sur l’exemplarité au plus haut niveau qui permet, par le respect de l’autorité, le déploiement d’une bonne gouvernance. Le responsable de l’audit interne a donc décidé de changer de poste pour travailler dans une organisation faisant preuve d’un engagement plus ferme en faveur du contrôle interne.

Chacun de ces exemples prouve de façon concrète qu’éviter la controverse est un jeu irréfléchi et dangereux pour l’audit interne. Ces derniers mois, j’ai eu recours à la métaphore selon laquelle les départements d’audit interne efficaces détectent le tonnerre avant l’orage.  De même, ils ne craignent pas les sujets difficiles ou délicats. Au contraire, ils affrontent courageusement la tempête afin d’alerter la direction générale et le Conseil d’administration lorsque les risques ne sont pas bien gérés et que les contrôles ne sont pas conçus ou mis en œuvre de manière adéquate.

Richard Chambers

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.