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Ouragan Dorian : 6 leçons de management des risques

Dans cet article, j’analyse les leçons de management des risques que l’on peut tirer de la vague de destructions causées par l’ouragan Dorian dans les Bahamas et sur la côte est américaine. Je souhaite commencer par reconnaître l’ampleur des dommages matériels et humains causés dans les Bahamas. Je vous invite à vous renseigner sur les moyens d’aider les secours dans ces îles. Vous trouverez notamment une liste d’organismes légitimes dans cet article.

Sur son passage dans les Bahamas et sur la côte est américaine, l’ouragan Dorian a dévasté certaines régions. Bien que des zones aient été épargnées, le bilan évoque tout de même des pertes considérables tant du point de vue humain que matériel. Alors que Dorian se dirigeait vers le centre de la Floride, le potentiel destructeur de cette puissante tempête nous a conduits à déclencher le plan d’urgence au siège international de l’IIA. Par chance, les bâtiments et les collaborateurs n’ont été que très peu affectés.

Cet ouragan représente toutefois une occasion de tirer des leçons en matière de management des risques, tant sur le plan organisationnel que personnel. Aussi me semble-t-il pertinent de les partager.

Évaluer les risques inhérents à l’ouragan Dorian Les météorologues ont découvert le risque que Dorian se transforme en un ouragan majeur, avec la Floride en ligne de mire, plus d’une semaine avant son passage effectif. À défaut de pouvoir prédire si sa trajectoire le conduirait jusqu’aux terres, on pouvait déjà s’attendre à des dommages considérables.
Toutefois, comme les risques et leur probabilité ont été identifiés en amont, nous avons eu suffisamment de temps pour examiner différentes options sur la meilleure façon de se préparer. En outre, ayant déjà vécu le passage d’un ouragan similaire deux ans auparavant, j’ai pu profiter de mon expérience.

Leçon no 1 : agir de manière décisive et tirer parti du temps et de l’expérience pour évaluer les risques émergents et les stratégies pour les atténuer.

Se préparer à Dorian. Lorsque les météorologues ont commencé à évoquer l’éventualité que la tempête puisse évoluer en ouragan, je terminais une visite prolongée chez des membres de l’IIA en Afrique. J’étais quelque peu rassuré de savoir que l’IIA disposait d’un plan de gestion de crise en cas d’événements climatiques majeurs et j’étais en contact régulier avec certains membres du personnel concernant le déclenchement du plan, si Dorian venait à menacer directement le siège. D’un point de vue personnel, j’ai dû faire des choix pour protéger au mieux ma maison située non loin de l’océan Atlantique.

Il a fallu tout d’abord considérer les coûts qu’allait engendrer l’élaboration de dispositifs de maîtrise des risques, tant à l’IIA qu’à mon domicile. Par exemple, j’ai dû évaluer les coûts associés à la fermeture du bâtiment où siège l’IIA ; en tenant compte d’une part de la potentielle perte de productivité et d’autre part de l’intégrité physique des 200 collaborateurs qui y travaillent et de leur famille. J’ai également dû envisager de payer un prestataire pour installer des volets anti-ouragans chez moi, car je n’y étais pas pour m’en occuper. La trajectoire de Dorian restait incertaine. Selon certaines prévisions, l’ouragan pouvait encore éviter le continent américain. Néanmoins, dans les deux cas, la décision fut facile. Plutôt que de considérer ces mesures de maîtrise des risques proactives comme des coûts, j’ai choisi de les voir comme un investissement visant à réduire l’impact potentiel de Dorian.

Leçon no 2 : la maîtrise des risques engendre des coûts, mais ceux-ci ne constituent qu’un des facteurs lorsqu’il s’agit de définir des stratégies et des actions selon les informations disponibles au moment donné.

Tester les plans d’urgence. Tout comme des dizaines de villes, des centaines d’entreprises et des millions de personnes, l’IIA a déclenché des plans en prévision de l’ouragan Dorian. Dans bien des cas, il s’est agi d’appliquer des plans de gestion de crise ou d’urgence déjà élaborés et laissés de côté jusqu’à ce qu’ils deviennent nécessaires. L’IIA a appris, à ses dépens, comment de tels plans peuvent être affaiblis ou rendus inefficaces par des facteurs hors du contrôle d’une organisation.

En temps de crise, la communication est vitale. Comme vous pouvez l’imaginer, rester en contact avec plus de 200 employés pendant et après le passage d’un ouragan représente un défi de taille. Les installations électriques peuvent être coupées par exemple, mais nous savions, par expérience, que les services de téléphonie mobile devaient pouvoir résister ou être rapidement rétablis. Notre plan consistait donc à prévenir les employés de la date de reprise du travail via un système de messagerie automatique. Cependant, et l’IIA l’ignorait, certains fournisseurs de téléphonie mobile américains avaient adopté des règles bloquant les envois de messages en masse, vraisemblablement pour empêcher les arnaques et les sollicitations de produits non désirés. Nous avons pu rapidement trouver une autre solution, un système d’appel automatique, mais si nous n’avions pas testé le système, nous n’aurions pas pu communiquer avec une grande partie de nos équipes.

Leçon no 3 : la maîtrise des risques n’est pas un exercice facile. Tout comme les plans de gestion de crise, toute stratégie de maîtrise des risques doit être éprouvée et mise à jour régulièrement.

Investir pour l’avenir. Comme évoqué plus haut, j’ai pu tirer parti du fait que j’avais déjà connu un autre ouragan. En 2017, l’ouragan Irma a traversé le centre de la Floride. Les dommages matériels engendrés étaient considérables et de nombreux foyers ont été privés d’électricité, et ce, pendant des semaines dans les zones les plus touchées. À cette époque, j’avais acheté un générateur pour ma maison afin de réduire l’impact des coupures d’électricité.

Après le passage de la tempête, le courant a été rapidement rétabli dans ma zone, j’ai donc pu donner mon générateur à un ami dont la maison a été privée d’électricité beaucoup plus longtemps. Deux ans après, Dorian s’était classé ouragan de catégorie 4 ou 5 et dévastait les Bahamas. Comme il était toujours envisageable qu’il longe la côte est de la Floride, j’ai décidé d’investir dans un deuxième générateur.

Leçon no 4 : les risques peuvent diminuer, mais ils ne disparaissent jamais totalement. En matière de management des risques, toute décision de suppression ou d’assouplissement des dispositifs et processus de contrôle doit être prise avec précaution, en tenant compte de l’éventualité de résurgence du risque.

Anticiper l’après Dorian. Après le passage d’un ouragan, les organisations sont confrontées à un défi majeur : faire en sorte que les services soient le moins perturbés possible. Si une entreprise réagit rapidement, elle peut ainsi relancer son activité et potentiellement éviter le dépôt de bilan. En effet, d’après l’Agence fédérale des situations d’urgence (FEMA), environ 40 % des petites entreprises mettent la clé sous la porte à la suite d’une catastrophe.

L’une des solutions est de prendre ses dispositions auprès de prestataires pour gérer l’après, et ce avant même le passage de l’ouragan. C’est ce que j’ai fait en demandant au service qui a installé les volets anti-ouragans à mon domicile de revenir une fois la tempête passée pour évaluer et réparer les dégâts éventuels.

Leçon no 5 : les stratégies de management des risques doivent inclure des scénarios pour un événement postérieur au risque.

Prévoir la trajectoire destructrice de Dorian. Les fidèles lecteurs et lectrices de mon blog savent que je suis fasciné par la météorologie et que j’utilise souvent des métaphores climatiques pour illustrer l’audit interne et le management des risques. Dans le cas de l’ouragan Dorian, j’ai été frappé non seulement par les nombreux avertissements fournis par les météorologues, mais aussi par la justesse de leurs prévisions.

Alors que la tempête se rapprochait, les modèles de suivi sophistiqués reliés aux satellites météorologiques, les informations en temps réels recueillies par les chasseurs d’ouragans — des avions envoyés dans l’œil même des tourbillons — et d’autres données ont annoncé que la tempête se maintiendrait sur les Bahamas avant de se détourner de la Floride. Vingt ans auparavant, les prévisions météo n’auraient pas pu prédire ce genre de trajectoire de façon aussi précise. Face à une telle inconnue, le gouvernement aurait pu ordonner d’évacuer presque tout l’état.

Leçon no 6 : utiliser les technologies les plus avancées pour identifier, maîtriser et gérer les risques.

Je pourrais certainement formuler les mêmes observations après une catastrophe naturelle, mais la différence de frappe de Dorian sur les Bahamas et la Floride est révélatrice de l’évolution constante des risques. Cela nous rappelle que le management des risques est à la fois un art et une science.

Comme toujours, je me réjouis de lire vos commentaires.

Communication:
Richard F. Chambers, Président et CEO du Global Institute of Internal Auditors, écrit un article hebdomadaire pour InternalAuditor.org sur les questions et tendances relatives à la profession de l’audit interne.