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​Pourquoi les investisseurs ont besoin d’une information transparente sur l’audit interne

Le 24 Avril 2017

Lors d'un échange récent avec des leaders du Congrès aux États-Unis, je les ai sondé à propos de la nécessité, pour une société entrant en bourse, de communiquer sur l’existence d’une fonction d’audit interne. J'ai été frappé par le fait que la plupart de ces parlementaires se disaient prêts à examiner une telle proposition.

Certes, ce ne serait pas LA condition principale pour être admis à la cotation, mais cette exigence dévoilerait concrètement l'engagement réel d'une organisation en matière de bonne gouvernance - et en particulier en matière de gestion des risques et de contrôle interne.

Cette obligation n’aurait pas pour effet de contraindre les sociétés à instaurer une fonction d’audit interne, mais donnerait, en un clin d’œil, un aperçu sur la culture de l'organisation aux investisseurs potentiels.

Lorsque les sociétés cotées financent et soutiennent une fonction d'audit interne indépendante, stimulante et robuste, elles s'engagent à adopter une approche systématique et méthodique visant à évaluer et améliorer l'efficacité des processus de gestion de risques, de contrôle et de gouvernance. En l’absence d’un tel engagement, les investisseurs sont en droit de s’interroger sur la façon dont le Conseil et la direction générale peuvent avoir une assurance et des points de vue indépendants et objectifs sur la gestion effective des risques.

Lorsqu'une organisation, qu’elle soit cotée ou non, fonctionne sans cette évaluation indépendante et objective, son conseil d'administration ne peut s’appuyer que sur les informations fournies par le management. Or, une auto-évaluation est susceptible d’être biaisée par des manipulations et des falsifications. En l’absence d’audit interne, le management sera souvent tenté de se convaincre et de convaincre le Conseil  que tout va bien.

Bien que l’existence d’une fonction d'audit interne ne garantisse pas le succès  d’une organisation,  son absence  est un indice du peu de cas que ses dirigeants font de l’efficacité de la gestion des risques, du contrôle interne et de la gouvernance ou de l’intérêt qu’ils accordent à la fiabilité de ces processus. Les investisseurs potentiels devraient être avertis de l’existence de ce risque auquel l’organisation s'expose délibérément.

Les turbulences et la volatilité actuelles, exigent que les organisations soient prêtes à répondre aux risques dont le nombre, l’ampleur, la diversité et la rapidité ne cessent d’augmenter. En raison des progrès technologiques rapides, des pressions géopolitiques, de l'instabilité économique et d'autres facteurs, ces risques peuvent rapidement submerger les organisations qui n’ont pas de dispositifs de management des risques et de gouvernance efficaces et efficients.

Même les sociétés les mieux établies ayant des instances de gouvernance expérimentées peuvent être victimes de facteurs de risques qui peuvent très vite les dépasser. La diffusion sur les réseaux sociaux de la conséquence désastreuse de la politique de surréservation de United Airlines, les problèmes de culture chez Fox News ou la fermeture soudaine d'usines importantes de General Motors au Venezuela en sont les exemples les plus récents.

Autrement dit, les organisations au sein desquelles une revue et une évaluation systématiques du management des risques font défaut, naviguent aveuglément entre les périls opérationnels et stratégiques auxquels elles sont confrontées.

C'est précisément pourquoi cette communication est nécessaire pour protéger les investisseurs, améliorer la transparence et veiller à ce que les entreprises cotées s’engagent dans une évaluation professionnelle et impartiale de leurs pratiques de management des risques et de gouvernance.

Il y a environ deux ans, l'IIA demandait au gendarme de la bourse américain (US Securities and Exchange Commission) d’exiger que toutes les sociétés cotées aient une fonction d'audit interne. Nous ne sommes pas les seuls à reconnaître l’importance de cette exigence. Depuis plus d'une décennie, la Bourse de New York requiert que toute société entrant en bourse ait une fonction d’audit au moment de sa première cotation ou dans l’année qui suit. Un certain nombre de bourses asiatiques, y compris celles de Hong Kong et de Malaisie, ont des exigences similaires.

Mais même cette exigence pourtant prudente semble avoir peu de chances d'être largement adoptée dans le contexte actuel de déréglementation effrénée. La solution à privilégier pourrait être celle de la Bourse australienne où chaque société cotée doit indiquer si elle dispose d’une fonction d’audit interne, comment celle-ci est structurée et quelles sont ses responsabilités. L’absence d’une telle fonction est à notifier en précisant le dispositif mis en place pour évaluer et améliorer l'efficacité de la gestion des risques et du contrôle interne.

Cette exigence de communication externe serait une étape importante vers l’obligation de mise en place d’une fonction d’audit interne dans les sociétés cotées.

Il est important de noter que pratiquement toutes les entreprises figurant sur la liste Fortune 500 et la grande majorité des sociétés à forte capitalisation ont déjà une fonction d'audit interne. Cependant, je sais que de nombreuses entreprises à plus faible capitalisation (dont plusieurs opèrent dans des secteurs très risqués) n’ont pas d'audit interne. C’est pourtant là que le besoin est d’autant plus urgent.

Certains esprits critiques et cyniques pourront nous soupçonner d’égocentrisme ou de vouloir stimuler la demande en audit interne. Mais les observateurs de l’environnement économique actuel savent que le besoin est réel et ne cesse de croître bien davantage qu’auparavant.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.

Information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.