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​Quand des professionnels de la comptabilité tournent mal, il y a plus de questions que de réponses

Le 29 janvier 2018

Je suis sûr d’avoir grimacé en lisant dans la presse qu’une procédure pénale avait été engagée contre d’anciens collaborateurs du PCAOB (US Public Company Accounting Oversight Board) et de KPMG, accusés d’avoir utilisé des fuites d’informations du PCAOB pour aider le Big Four à améliorer ses résultats d’audit.

Ces accusations n’ayant pas été prouvées devant un tribunal, tous les accusés bénéficient encore de la présomption d’innocence. Cependant, la simple allégation d’une telle trahison éthique est douloureuse et porte atteinte aux professions de l’audit et de la comptabilité. Pourtant, il ne s’agit certainement pas d’un fait sans précédent. Comme je l’ai écrit à maintes reprises, une personne convenable peut mal agir et une personne intelligente peut faire une chose stupide. Cette imperfection qui nous caractérise fait partie de la nature humaine. Toutefois, les allégations formulées dans cette affaire vont bien au-delà de la simple erreur humaine ou d’un comportement irresponsable. Elles soulèvent plus de questions qu’elles ne donnent de réponses.

Les détails du scandale ont été révélés dans le cadre des poursuites pénales du gouvernement fédéral à l’encontre de trois anciens collaborateurs du PCAOB et de trois anciens collaborateurs de KPMG. Lors de son dernier jour de travail, un membre du PCAOB aurait copié une liste des cabinets d’audit devant être inspectés par l’autorité de régulation en 2015. Il aurait ensuite partagé cette liste avec les collaborateurs de son nouvel employeur, KPMG. Les deux autres membres du PCAOB sont accusés d’avoir divulgué les plannings d’inspection de ce dernier jusqu’en février 2017. KPMG a engagé l’un d’eux alors que le troisième aurait essayé de se faire recruter en proposant des informations privilégiées complémentaires.

Si ces accusations sont avérées, l’étendue des manquements à l’éthique commis par les accusés est déplorable. Les collaborateurs de KPMG, dont un associé-gérant en charge de la qualité au niveau national, un associé responsable des inspections et un co-dirigeant du groupe en charge des marchés bancaires et boursiers, auraient accepté d’utiliser des informations hautement confidentielles pour éviter la détection de défaillances dans les missions d’audit et les retombées en interne (ainsi que l’attention de l’opinion publique) qui en découlent. Les accusations d’atteinte à l’éthique par leurs complices du PCAOB étaient, selon moi, encore plus inquiétantes. On pourrait s’attendre à ce que des collaborateurs des autorités de supervision aient un véritable engagement personnel, voire même un zèle, quand il s’agit de s’assurer que les règles qu’ils contrôlent sont respectées. Or, œuvrer activement contre l’organisation que vous représentez et ce, à des fins personnelles, est en dessous de tout.

Malgré l’atteinte à la réputation générée par ce scandale pour ces deux organisations, il semblerait possible, selon les informations divulguées jusqu’à présent, d’en tirer des leçons encourageantes. KPMG US aurait réagi rapidement et alerté les autorités dès la découverte du pot aux roses l’année dernière. Le cabinet a fait appel à des conseillers juridiques externes pour enquêter sur l’incident et licencier les collaborateurs impliqués. Ayant travaillé pendant des années pour et avec des Big Four, cela ne me surprend pas. J’y ai personnellement observé un engagement au plus haut niveau dans la promotion et l’accompagnement de comportements conformes à la loi et à l’éthique. Dans le même esprit, la SEC (US Securities and Exchange Commission) a également engagé des poursuites contre des collaborateurs du PCAOB relevant de sa juridiction. En d’autres termes, aucune organisation ne semble se défausser de ses responsabilités à ce stade.

Cependant, au-delà de ces enseignements encourageants, ce scandale qui pointe soulève un certain nombre de questions préoccupantes :

  • Pourquoi des experts-comptables manifestement talentueux, arrivés au sommet de leur carrière, sont-ils prêts à tout risquer pour se livrer à un trafic d’informations illicites ?
  • Le processus d’inspection du PCAOB est-il devenu si pénible et impitoyable que la divulgation du calendrier des prochaines inspections vaudrait la peine de prendre de tels risques ?
  • Les conséquences des résultats négatifs d’une inspection sont-elles si graves que mêmes des associés sont prêts à risquer l’impensable dans le but d’atténuer ce risque d’échec ?
  • Pourquoi le planning d’inspection du PCAOB équivaudrait-il à un emploi potentiel dans un Big Four ?
  • Le pantouflage au PCAOB (et chez les autres régulateurs fédéraux) est-il trop aisé ?
  • La période de latence pour une mutation d’une autorité de régulation vers une entreprise relevant de sa supervision devrait-elle être allongée ?
  • Comment les professions de la comptabilité et de l’audit entretiennent-elles la confiance de l’opinion publique face à de telles allégations ?

J’encouragerais les dirigeants des cabinets et les autorités de régulation à répondre à ces questions alors que la justice suit son cours.

Je connais d’excellents professionnels aussi bien chez KPMG qu’au PCAOB, et c’est l’une des raisons qui m’a fait grimacer lorsque j’ai entendu parler de ce scandale. Je ne crois pas une seconde que leur réputation devrait être ternie par les comportements présumés de ces six individus. Une des leçons de ce scandale est que l’éthique professionnelle vit et meurt au niveau individuel. En d’autres termes, la boussole de la morale dépend de chaque individu. Tout comme la profession médicale ne doit pas être jugée à l’aune du comportement innommable du médecin d’une équipe de sport récemment condamné, les professions de la comptabilité et de l’audit ne doivent pas non plus pâtir du comportement présumé de quelques-uns.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.

Richard Chambers

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.