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Responsabilisation sociale : nouvel enjeu pour l’audit interne

​Fin août, le monde de l’entreprise a connu deux développements majeurs qui pourraient grandement et durablement influencer la façon dont les organisations fonctionnent. Les auditeurs internes devraient en prendre connaissance.

Tout d’abord, la Business Roundtable, association de dirigeants des grandes entreprises américaines, a profondément modifié sa déclaration sur l’objet des sociétés (Statement on the Purpose of a Corporation). Régulièrement mise à jour, cette déclaration définit de facto les termes de toute activité commerciale aux États-Unis. Le mot d’ordre est le même depuis 20 ans : servir les intérêts des actionnaires.

L’autre développement concerne les procès en cours liés à la crise des opioïdes. Deux grands laboratoires pharmaceutiques sont actuellement jugés pour leur rôle dans cette crise et encourent de lourdes sanctions.

En 2017, selon l’Institut national américain sur les toxicomanies (National Institute on Drug Abuse, NIDA), plus de 47 000 Américains sont décédés d’une overdose d’opiacés. Parmi les substances mises en cause, on trouve les opioïdes sur ordonnance, l’héroïne et le fentanyl — un puissant opioïde, synthétisé de façon illégale. Les laboratoires qui fabriquent des analgésiques opioïdes sur ordonnance font l’objet de milliers de procès liés à la façon dont ces médicaments ont créé une épidémie. D’après le NIDA :

À la fin des années 1990, les laboratoires pharmaceutiques ont rassuré la communauté scientifique en affirmant que les patients ne deviendraient pas dépendants aux analgésiques opioïdes délivrés sur ordonnance. Les médecins ont donc commencé à en prescrire davantage. Ces médicaments ont ainsi été mal utilisés et détournés de leur objectif initial, avant qu’on prenne conscience qu’ils étaient en réalité hautement addictifs.

Comment ces deux développements sont-ils liés ? Par la responsabilisation sociale.

Le mois dernier, un juge d’Oklahoma a condamné Johnson & Johnson, entreprise multinationale américaine de biens de consommation et de produits pharmaceutiques, à payer 572 millions de dollars pour avoir contribué à la crise nationale des opioïdes. Parmi plus de 2 000 affaires à l’encontre de fabricants de médicaments, de chaînes de pharmacie et de distributeurs, celle de l’Oklahoma est la première à être jugée.

Les jugements et les sanctions financières — qui peuvent se chiffrer en milliards de dollars — encourues par les principales entreprises pharmaceutiques sont directement liés à leurs produits. Même si aucune entreprise n’a reconnu le caractère illicite ou illégal de ses activités de fabrication et de marketing des opioïdes sur ordonnance, elles doivent néanmoins en rendre compte devant les tribunaux et le grand public. Tenir les entreprises pour responsables de leurs actions : rien de nouveau sous le soleil. De nombreux tribunaux du monde entier l’ont déjà fait, par exemple lors de la catastrophe de Bhopal en Inde impliquant le groupe DuPont, ou les airbags défectueux de Takata.

Vouloir reconnaître l’implication des entreprises pharmaceutiques dans la crise des opiacés dépasse le simple devoir de rendre compte et la responsabilité du fabricant. Un élément important vient s’ajouter : le bien public.

Pour bien comprendre l’enjeu, je vous partage une définition de la responsabilisation sociale : la responsabilisation sociale correspond aux « actions initiées par des groupes de citoyens qui demandent aux responsables publics, aux politiques et aux prestataires de service de rendre compte de leur conduite et de leur performance en matière de prestations de service, d’amélioration du bien-être des personnes et de la protection de leurs droits. »

C’est là qu’intervient la nouvelle déclaration de la Business Roundtable.

Commençons par un peu de contexte. La Business Roundtable constitue l’un des lobbys d’entreprises les plus puissants et influents aux États-Unis, si ce n’est dans le monde. Basée à Washington D.C., cette organisation est composée des dirigeants des grands groupes américains tels qu’Amazon, Apple et General Motors. Elle apporte son soutien aux politiques publiques qui vont dans l’intérêt des entreprises.

Dans la récente mise à jour de sa déclaration, les intérêts des employés, des clients, des fournisseurs et des communautés se retrouvent au même niveau que ceux des actionnaires. Sans renier son ADN, la déclaration comprend désormais un volet sur la responsabilisation sociale dont la signification est profonde et révélatrice.

La déclaration comprend de nombreuses expressions relatives à la promotion de la responsabilisation sociale : « investir dans nos employés », « traiter de manière équitable et éthique avec nos fournisseurs », « respecter les membres de nos communautés », « protéger l’environnement », « adopter des pratiques durables ».

Les 181 signataires de cette déclaration sont les dirigeants des entreprises parmi les plus influentes et puissantes du monde, ce qui garantit son caractère légitime, crédible et sérieux. Cependant, des critiques s’élèvent pour montrer que certains signataires ne respectent déjà pas la noble intention de cette déclaration.

Elle a des répercussions sur l’éthique, la culture et la stratégie des entreprises qui devraient guider les responsables d’audit interne dans leur façon d’aborder cette nouvelle approche commerciale. Vous devrez commencer par définir la façon dont votre organisation se positionne vis-à-vis de cette nouvelle déclaration. Est-ce que les équipes dirigeantes et le conseil d’administration sont déterminés à gérer l’organisation de manière socialement responsable ? Est-ce que la culture de votre organisation inclut la responsabilité sociale ?

De nombreuses organisations ont déjà adopté des politiques de développement durable et de RSE, par exemple en accordant à leurs employés des congés pour être bénévoles dans leur communauté. Il est facile d’auditer ces pratiques et ces politiques. En revanche, il est plus difficile d’évaluer si d’autres aspects de l’organisation respectent les normes de responsabilité sociale, comme la rémunération des dirigeants, les chaînes d’approvisionnement, l’utilisation des ressources naturelles et les programmes pour les employés.

Comme toujours, je me réjouis de lire vos commentaires.

Communication :
Richard F. Chambers, Président et CEO du Global Institute of Internal Auditors, écrit un article hebdomadaire pour InternalAuditor.org sur les questions et tendances relatives à la profession de l’audit interne.