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​Cinq messages que le comité d’audit évite encore de dire à l’audit interne

Plus les risques encourus par les organisations sont diversifiés et dynamiques, plus les relations entre les comités d’audit et les responsables de l’audit interne deviennent complexes. En effet, des enquêtes menées auprès de comités d’audit indiquent que ces derniers se tournent plus souvent vers l’audit interne pour des services d’assurance et de conseil de plus en plus étendus.

Mais les rapports entre le comité d’audit et le responsable de l’audit interne dépendent souvent du facteur humain et des « critiques constructives » qui peuvent peser sur ces relations. Ainsi, les comités d’audit sont souvent mal à l’aise lorsqu’il s’agit d’indiquer aux responsables de l’audit interne les points d’amélioration de leur fonction. Au lieu de cela, ils préfèrent charger le management de délivrer la nouvelle à leur place, au risque que le message ne soit pas transmis de manière exacte. L’article que j’ai posté sur mon blog en 2014 intitulé « Five Things the Audit Committee Won’t tell Internal Audit » avait suscité beaucoup d’intérêt. J’avais même été invité par la National Association of Corporate Directors (NACD) pour en discuter lors d’un atelier consacré aux comités d’audit.

Bien qu’elle soit aujourd’hui un peu moins percutante, ma liste initiale reste d’actualité. Avec le temps, les preuves que certaines réactions des comités d’audit sont passées sous silence se multiplient. Il me paraît donc opportun de mettre à jour cette liste des choses que les comités d’audit n’osent pas dire aux responsables de l’audit interne.

1.   Les informations que vous nous communiquez ne sont pas aussi utiles que celles fournies par les auditeurs externes.

Dans la version précédente de mon article, j’ai expliqué comment les chartes des comités d’audit ont tendance à s’étendre plus longuement sur la responsabilité du comité d’audit à l’égard des auditeurs externes. Cela résulte en grande partie des considérations de conformité et réglementaires liées à l’exactitude du reporting financier et au rôle d’assurance de l’auditeur externe qui en découle. La composition des comités d’audit qui incluent souvent des associés de cabinets d’experts-comptables à la retraite y est aussi pour quelque chose.

Pour remédier à cela, l’audit interne doit mieux démontrer et clarifier sa valeur pour l’organisation. Le nombre croissant de risques extra-financiers qui menacent les organisations permet d’attirer l’attention sur ce que l’audit interne a à offrir. Il appartient désormais aux membres de la profession de relever le défi en redoublant d’efforts pour répondre à cette nouvelle demande. Pour ce faire, il nous faudra maîtriser un plus large éventail de compétences, mettre à jour nos processus et gagner en souplesse tout en conservant notre indépendance.

2.   Vous nous envoyez trop de rapports écrits.

A l’heure actuelle, les comités d’audit se sentent plus débordés que jamais. Les exigences croissantes des régulateurs et des actionnaires et la vitesse fulgurante à laquelle les risques se développent et arrivent à maturité peuvent rapidement submerger les membres de comités d’audit, même les plus expérimentés. Les assommer en plus de douzaines de longs rapports d’audit écrits chaque année peut s’avérer dangereux. En effet, c’est le meilleur moyen pour que des informations cruciales passent inaperçues, ou pire, soient ignorées.

Dans la récente enquête CBOK (Common Body of Konwledge) de l’IIA auprès des parties prenantes, les comités d’audit indiquent clairement que la communication ne doit pas se limiter à des rapports écrits. Nous devons prendre en compte la qualité, la fréquence et la méthode des communications. D’après les répondants à l’enquête, les auditeurs internes ont tout intérêt à nouer des relations et à communiquer en personne. En résumé : asseyez-vous et expliquez-nous de vive voix ce que vous voyez.

3.   Nous ne comprenons pas toujours la vision d’ensemble parce que vous n’établissez pas de liens.

Ce point est étroitement lié au précédent et je ne peux que souligner son importance. Les auditeurs internes se félicitent de la vision à 360 degrés qu’ils apportent à leurs travaux. Avec le temps, nous devrions être capables de présenter à nos parties prenantes une image globale des risques et des contrôles de l’organisation. Mais les membres de comités d’audit aux emplois du temps surchargés voient les choses différemment. « Nous n’avons pas le temps de traiter les détails insignifiants. Donnez-nous une vision d’ensemble, simple et claire. » Tel est leur message.

Voilà ce que j’appelle « établir des liens ». Comme je l’ai écrit précédemment, nous devons fournir le contexte qui répond à la fameuse question « et alors ? ». Prenez l’habitude d’utiliser des expressions telles que « je vous dis cela car… », « c’est important parce que… » ou encore « les conséquences pourraient être ou seront… »

Nous devons également nous préparer à partager nos opinions et notations si le comité d’audit en fait la demande. Il est délicat de formuler des opinions sur l’efficacité globale des contrôles internes ou du management des risques. Si nos travaux ne suffisent pas à garantir une assurance positive, nous nous devons d’être clairs dans ce que nous disons.

4.   Nous souhaitons étendre votre champ d’action au-delà des contrôles financiers mais ne sommes pas sûrs que vous soyez qualifiés.

Selon l’enquête Global Audit Committee Pulse conduite par KPMG en 2017, la seule façon de maximiser la valeur de l’audit interne pour l’organisation est d’étendre le plan d’audit à des domaines clés autres que la finance et la conformité. C’est également l’occasion pour l’audit interne de s’affirmer mais c’est aussi le signe que sa valeur gagne en reconnaissance. Toutefois, les doutes persistants quant à la capacité de la fonction d’audit interne à répondre à ces attentes menace d’enrayer ce progrès.

Nombreux sont les responsables de l’audit interne qui s’exaspèrent lorsqu’ils entendent qu’ils ne disposent pas au sein de leur fonction des compétences requises pour gérer l’intégralité du portefeuille de risques de l’organisation. Ils doivent, toutefois, laisser leur égo de côté et proposer une évaluation réaliste des forces et faiblesses de l’audit interne. Ils doivent être prêts à faire tout le nécessaire pour améliorer les compétences de leur équipe et atteindre le niveau d’expertise attendu par le comité d’audit, que ce soit par le biais de recrutements, d’un programme de formation élargi, de co-sourcing ou encore de sous-traitance.

5.   Faites-nous part de vos propres opinions. Ne soyez pas le porte-parole du management.

D’après l’enquête 2016-2017 de la National Association of Corporate Directors (NACD) sur la gouvernance des sociétés cotées, les conseils reçoivent beaucoup d’informations de la part du management mais doutent de la qualité de celles-ci. En effet, près de la moitié des personnes interrogées « ont constaté un besoin flagrant d’améliorer la qualité des informations fournies par le management ». La communication de l’audit interne au Conseil peut également être la cible de ces critiques du fait de sa proximité avec le management.

Il est donc important que l’audit interne s’affirme et réalise une évaluation éclairée et indépendante, non seulement de la myriade de risques auxquels les organisations font actuellement face, mais aussi de la qualité et de l’exhaustivité des informations provenant du management. Les conseils et les comités d’audit cherchent désespérément quelqu’un capable de les aider à se focaliser sur l’essentiel, et l’audit interne peut jouer ce rôle.

Dans certaines organisations, le management est mal à l’aise à l’idée qu’une fonction d’audit interne indépendante ait un point de vue différent du sien sur l’efficacité des dispositifs de management des risques et de contrôle interne. Or, c’est en défendant leur position que les responsables de l’audit interne courageux prouvent qu’ils méritent vraiment leur salaire. Mais cela fera l’objet d’un prochain blog.

Comme toujours, vous remarques sont les bienvenues.

 

Richard Chambers

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.