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​Itinéraire personnel de gestion des risques pendant le passage de l’ouragan l’Irma

Cette semaine, la sortie de mon article a été perturbée par la visite importune de l’ouragan Irma en Floride Centrale. A l’instar de milliers de personnes frappées récemment par l’ouragan Harvey au Texas, dans plusieurs régions du sud de la Floride, et particulièrement dans les Keys, des familles vont mettre des semaines, voire des mois, à reconstruire leur maison. Des victimes sont à déplorer, même si, heureusement, leur nombre est limité.

Je suis soulagée d’apprendre que, malgré les coupures de courant généralisées, les inondations et les dégâts matériels, le personnel du siège social de l’IIA est sain et sauf. Nos bureaux ont pu ré-ouvrir pour assurer la continuité de service auprès de nos membres dans le monde entier.

On dit souvent que nous gérons des risques au quotidien dans nos vies personnelles. Quand nous choisissons une assurance pour nos maisons ou nos voitures, ou une stratégie d’investissement pour la retraite, nous évaluons constamment les risques potentiels et prenons des décisions visant à les maîtriser en fonction de notre appétence pour le risque.

Alors que je me remémore ces événements, je ne peux m’empêcher de penser à toutes les décisions que j’ai prises pour me préparer au passage potentiel de l’ouragan Irma. Lorsque je considérais les risques potentiels, que je réfléchissais aux solutions ou que je prenais des décisions, comme je suis amené à le faire dans ma vie professionnelle en tant que directeur général de l’IIA, mon management des risques n’était pas si éloigné de celui que les référentiels COSO ou ISO recommandent à l’échelle de l’entreprise.

Je me rends compte que j’étais guidé par un objectif général : faire face à l’ouragan imminent de la manière la plus sûre et la plus aisée possible et subir un minimum de dégâts matériels. Chaque décision clé était fondée sur une analyse des risques potentiels qui pouvaient nuire à la réalisation de cet objectif global. Finalement, j’ai pris un certain nombre de décisions cruciales qui se sont avérées raisonnables. Et, comme c’est souvent le cas dans le monde de l’entreprise, j’ai également pris des décisions coûteuses pour limiter des risques qui, heureusement, ne se sont pas matérialisés.

Réexaminons le déroulement de la semaine :

  • Le dimanche 3 septembre, les météorologues annonçaient que l’ouragan Irma pourrait prendre une trajectoire qui le conduirait aux abords de la Floride. Étant donné son ampleur, et les images encore fraîches des dégâts causés par l’ouragan Harvey à Houston, la sonnette d’alarme a été tirée. Alors que je me rendais comme d’habitude dans un supermarché du quartier, j’ai décidé de stocker quelques bouteilles d’eau supplémentaires. Dans le jargon du management des risques, je dirais que, à ce moment-là, j’ai évalué que la probabilité qu’Irma frappe de plein fouet la Floride Centrale était faible, mais que, compte tenu de la taille de l’ouragan, l’impact potentiel pourrait être important. Entrainé par le mouvement de panique, qui allait s’amplifier à l’approche de la tempête, j’ai attrapé trois packs d’eau.
  • Lundi et mardi, la trajectoire d’Irma devenait plus menaçante. Il semblait de plus en plus probable que l’ouragan, qui était alors de catégorie 5, allait s’abattre sur la Floride. La journée, j’étais enfermé au siège avec les dirigeants de l’IIA pour décider des mesures de gestion des risques à adopter. Après le travail, j’ai discuté avec ma femme de la meilleure façon de gérer les risques pour notre domicile. Nous avons continué à stocker de l’eau et de la nourriture dans l’éventualité où un retour à la normale prendrait du temps. J’ai fait le plein de carburant pour nos deux voitures, afin d’être prêts en cas d’évacuation. A ce moment-là, la probabilité d’un passage de l’ouragan était forte et augmentait rapidement.
  • Le mercredi, j’ai acheté un générateur pour notre maison. Une coupure d’électricité est l’une des principales conséquences du passage d’un ouragan. La dernière fois qu’un ouragan de catégorie élevée a frappé la Floride Centrale, beaucoup se sont retrouvés sans électricité pendant une semaine ou plus. Cet achat s’est avéré une des décisions les plus avisées de la semaine.
  • Le jeudi, nous avons annoncé que le siège de l’IIA serait fermé le lendemain ainsi que le lundi. Je me suis rendu dans une station balnéaire des environs pour préparer notre résidence secondaire à l’ouragan qui approchait. Notre maison est équipée de volets en aluminium conçus pour résister aux ouragans mais qui doivent être montés manuellement. Cela représentait beaucoup de travail et le temps était chaud et humide. Cependant, étant donné l’ampleur des dégâts qu’un tel ouragan pourrait causer sur une propriété située à proximité des plages de l’Atlantique, je devais essayer d’atténuer les risques par tous les moyens possibles. Une fois que j’eus terminé, je suis retourné en Floride Centrale où les prévisions de la trajectoire de l’ouragan étaient de plus en plus préoccupantes.
  • Le vendredi, Irma semblait dévier de sa route, évitant l’intérieur des terres en Floride Centrale, mais pas d’autres régions de l’Etat. Les météorologues avaient annoncé qu’une trajectoire davantage orientée vers l’ouest se dessinait, mais la Floride Centrale pouvait encore subir beaucoup de dommages. Un jour avant l’arrivée de l’ouragan, j’ai joint le flot de personnes toujours à la recherche de plus d’eau, de nourriture, et d’autres produits de première nécessité dont nous pourrions encore avoir besoin après le passage de l’ouragan. L’essence, déjà en pénurie, était de plus en plus rare, mais j’ai pu en stocker assez pour faire fonctionner le groupe électrogène pendant au moins 24 heures, pour faire face à une éventuelle coupure de courant.
  • Le samedi fut surréaliste. L’ouragan se dirigeait à travers le détroit de Floride, fouettant les côtes du sud de la Floride et celles du nord de Cuba. Le virage de l’ouragan prévu par les météorologues n’avait pas encore eu lieu, c’est pourquoi la trajectoire précise ne pouvait pas encore être déterminée. Pendant ce temps, aidés par notre fille et son mari, nous avons sécurisé tous les meubles de notre patio et de notre jardin. Nous avons aussi mis les plantes à l’abri, ainsi que tout ce qui n’était pas fixé au sol.
  • Le dimanche matin, une coupure d’électricité était quasiment inévitable. Jusque-là, j’avais gardé l’espoir que nous n’aurions pas besoin du nouveau groupe électrogène, si bien que je l’avais laissé dans sa boîte. Mais le dimanche, je l’en ai sorti et l’ai monté en vue d’une utilisation imminente. L’après-midi, le vent avait gagné en intensité. L’ouragan ravageait l’archipel des Keys, mais il semblait encore susceptible de remonter le long de la côte ouest de la Floride, ce qui était une bonne nouvelle pour la Floride Centrale. Ensuite, comme l’ouragan dévastateur Charley 13 ans plus tôt, l’ouragan a mis le cap sur l’intérieur des terres. Il a commencé à se diriger plein nord après avoir balayé Naples dans le sud-ouest de la Floride. Nous étions désormais dans sa ligne de mire.
  • Le samedi soir, les vents devinrent assourdissants, et nous ne pouvions rien faire d’autre que regarder et écouter les éléments se déchaîner. A 22h45, le courant a été coupé, comme je le craignais. « Grâce soit rendue, j’ai acheté un groupe électrogène », ai-je pensé. Par chance, nous avons échappé au pire, le centre de l’ouragan est passé juste à l’ouest de notre maison aux environs de 2h du matin le lundi. Mais nous avons tout de même été exposés à des rafales de vent et de pluie dévastatrices. A 7h, l’ouragan affaibli s’était déplacé bien au nord, et je me suis frayé un chemin entre les débris à l’extérieur de ma maison pour évaluer les dégâts. Notre voisinage avait été durement frappé, les arbres étaient couchés en travers des routes. Nous ne bougerions pas d’ici avant un moment. Cependant, grâce à notre générateur, nous avons pu subvenir à nos besoins essentiels en électricité.
  • Le mardi matin, le courant avait été rétabli, beaucoup plus tôt que ce que je craignais, alors que près d’un million de personnes en étaient encore privées en Floride Centrale. Les routes étaient dégagées, nous sommes donc allés inspecter notre résidence secondaire. Nous y avons constaté plus de dégâts qu’à l’intérieur des terres de la Floride Centrale, mais rien de sérieux. Les volets avaient tenu, et je suis persuadé qu’ils ont permis de préserver plusieurs fenêtres et l’intérieur de la maison : une autre décision prise dans le cadre de mon management des risques que je ne regrette pas.

Je partage mes expériences pour illustrer le fait que le management des risques se fait de manière naturelle en situation de crise. Tout au long de la semaine, j’ai dû prendre des décisions cruciales. Devons-nous évacuer, ou rester et attendre le passage de l’ouragan ? Dois-je dépenser de l’argent pour acheter un groupe électrogène, ou espérer que nous ne subirons pas de coupure d’électricité ? Dois-je passer une après-midi à installer des volets anti-ouragans, ou espérer que la tempête déviera vers l’ouest et évitera la côte est de la Floride ?

Comme dans le monde de l’entreprise, je peux maintenant analyser cette semaine et réfléchir aux décisions que j’ai prises. Certaines d’entre elles étaient avisées, d’autres pas. Par exemple, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup plus de bouteilles d’eau que nécessaire, mais nous les boirons un jour. Dans l’ensemble, je suis satisfait de la manière dont j’ai géré les risques. Mon objectif était atteint : nous avons fait face à l’ouragan Irma « de la manière la plus sûre et la plus aisée possible et subi un minimum de dégâts matériels ».

N’hésitez pas à partager avec moi vos expériences de management des risques dans votre vie personnelle.

 

Richard Chambers

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.