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​L'état de l’audit interne : Faits et hypothèses

C’est bien connu, les mauvaises nouvelles suscitent davantage d'attention que les bonnes et, tout récemment, l'audit interne en a fait les frais. Je n'irais pas jusqu'à qualifier ces nouvelles de « fake news », il s’agit plus d’un « buzz », d’un battage médiatique. Unes racoleuses sur le prétendu déclin de la confiance prêtée par ses parties prenantes à l’audit interne ou experts qui n’hésitent pas à comparer le destin de la profession à celui de Blackberry, quelques petites phrases suffisent à réveiller ceux qui sont prompts à reléguer notre profession aux limbes de l’incongruité.

Les opposants à l'audit interne ont toujours existé. J'ai examiné l’an dernier certains documents extraits des dossiers des fondateurs de l'IIA, créé en 1941. Dans la correspondance qu’ils ont reçue suite à l'annonce de la création de l'institut, figurait un courrier adressé par un autre organisme professionnel. Pour ce dernier, l’audit interne n'était pas une véritable profession et le soin de servir ses intérêts devait être laissé aux associations professionnelles des comptables de ce pays.

Au cours des 76 années qui ont suivi, l'audit interne a pris, dans les secteurs public et privé, une envergure inimaginable aux yeux de ces sceptiques. Si les avancées réalisées par la profession sont indiscutables, elles sont également synonymes de nouveaux défis. Comme l’a déclaré E.E. Cummings : « Rien ne recule comme le progrès. »

On peut difficilement se montrer plus ouvert et plus transparent que je ne le suis lorsqu’il s’agit d’aborder les défis et les opportunités auxquels est confrontée ma profession. Les dirigeants de l'IIA et moi-même, n’avons de cesse d’encourager les auditeurs internes à identifier et combler les lacunes qui émergent. Un service d'audit interne ne doit jamais se soustraire à une critique justifiée de son travail. Cependant, une interprétation superficielle de données sur la profession peut rapidement transformer un encouragement envers l’amélioration continue en une critique destructrice.

C’est ce que j’observe à propos d’une donnée tirée de l'étude PwC 2017 sur l'état de l'audit interne. Cette dernière fait mention d’une baisse marquée du pourcentage de parties prenantes pour lesquelles l’audit interne apporte une véritable valeur ajoutée à leurs organisations. Ce chiffre a d’ores-et-déjà été détourné et interprété comme marquant la perte de prestige de la profession.

On ne saurait être plus éloigné de la vérité.

Au cours de l'année écoulée, de nombreuses enquêtes ont mis en évidence l'influence grandissante de l'audit interne et l’adhésion de plus en plus affirmée du top management et des conseils d’administration.

  • Une enquête réalisée en 2017 par l’IIA sur l’audit interne en Amérique du Nord révèle que 29% des services d’audit interne ont augmenté leurs effectifs en 2016. En outre, 30% des services d’audit interne prévoient d’augmenter leurs effectifs en 2017, la proportion la plus importante des cinq dernières années. Si la valeur ajoutée n’était pas au rendez-vous, les conseils d'administration et les dirigeants d'entreprises n’augmenteraient pas si significativement les ressources dédiées aux processus de gestion des risques, de contrôle et de gouvernance.
  • L'enquête CBOK réalisée par l’IIA auprès des parties prenantes révèle que 64% des parties prenantes souhaitent voir l’audit interne jouer un rôle plus actif dans l'évaluation des risques stratégiques.
  • L’enquête CBOK révèle également l’attente des parties prenantes au regard du conseil fourni par l’audit interne.
    • Parmi les répondants, 73% pensent que le service d’audit interne doit dispenser des conseils sur les processus métier
    • 71% déclarent qu'il est susceptible de faciliter et de superviser l’efficacité de la gestion des risques
    • 66% déclarent qu'il devrait alerter la direction concernant les problèmes émergents et les changements de scénarios
  • L’étude de KPMG réalisée en 2017 auprès des Comités d'audit révèle que 56% des répondants souhaitent élargir les plans d’audit aux principaux domaines de risque et 49% souhaitent y inclure les processus de gestion des risques.
  • Une lecture plus approfondie du rapport de PwC révèle que les meilleurs services d'audit interne (décrits comme agiles) sont plus susceptibles d'aider leur organisation lorsque surviennent transformations opérationnelles, adoption de nouvelles réglementations, changements de modèles économiques ou de stratégie, de technologie, par exemple.
  • Les dirigeants de PwC ont également constaté que l’on « attend beaucoup de l'audit interne » et c'est vraiment une bonne nouvelle. Comme l’a déclaré l’un des dirigeants du cabinet : « Je préfère que les attentes ne cessent de croître plutôt que de m’entendre dire que mes services ne sont plus pertinents ».
  • Le pourcentage de responsables d’audit qui relèvent directement du conseil ou du comité d’audit continue de croître (83% en 2016 contre 76% en 2013).

Chacune de ces statistiques dépeint une profession dont l'influence et le prestige vont croissants. Pourtant, ces « bonnes nouvelles » sont rarement communiquées avec le même enthousiasme que le chiffre isolé, extrait du rapport PwC 2017.

De toute évidence, je m’oppose fortement à la manière dont notre profession est dépeinte au travers de ces informations négatives et trompeuses. Je suis le premier à reconnaître que nous sommes à un moment de l'histoire où les fortes attentes des parties prenantes appellent d’importants changements dans notre façon de faire et dans les moyens que nous utilisons. Mais ce n’est pas la première fois que les organisations font face à d’importants changements.

L'histoire récente n’a pas épargné les organisations qui ont dû souvent faire face à des fortes pressions et d’importantes transformations. Notre profession a non seulement été en mesure de s‘adapter rapidement aux nouvelles attentes des parties prenantes, mais aussi de gagner auprès de ces dernières la confiance nécessaire à l’exercice de son rôle croissant au sein de la gouvernance. Je crois que l'augmentation actuelle des attentes des parties prenantes de l’audit interne témoigne du fait que nous sommes plus près que jamais du rôle de conseiller de confiance.

Les réalités d'un environnement mondial dynamique et volatile, aux changements géopolitiques permanents, la complexité des questions commerciales et financières et les progrès technologiques, placent notre profession face à un haut niveau d’exigences. En effet, l'audit interne se trouve dans une situation de vulnérabilité car on lui demande d'évoluer à un rythme difficile pour tous et troublant pour certains.

Mais nous devons relever ce défi que représentent ces nouvelles attentes des parties prenantes de l’audit interne (et l’attitude des critiques de tout poil) car elles sont intimement liées à leur reconnaissance du rôle vital de notre profession dans l’amélioration de la gouvernance et le management des risques.

Bien que cette conclusion ne fasse pas les gros titres, le rapport de PwC souligne que « les responsables de l’audit interne réaffirment leur volonté d'accroître la valeur ajoutée qu’ils apportent aux organisations ». L'IIA est une ressource précieuse pour ceux qui sont conscients de l’opportunité que présente le développement de leur service d’audit interne.

Comme toujours, toutes vos idées sont les bienvenues.

Richard Chambers

 

Information:

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog un article traitant de sujets d’actualité liés à l’audit interne.